Une nouvelle scène d’antisémitisme, brutale et sans filtre, s’est invitée cette semaine dans un programme de divertissement israélien pourtant grand public. Lors du tournage de l’émission HaMerotz LaMillion (Le Races à travers le monde), deux candidats israéliens ont été violemment pris à partie par un passant, simplement après avoir indiqué qu’ils venaient d’Israël.
L’incident, diffusé dans l’épisode programmé mardi soir sur la chaîne Keshet 12, s’est produit au cours d’une mission classique de l’émission, qui oblige les candidats à interagir avec des habitants locaux afin d’obtenir de l’aide pour progresser dans la course. Mais pour Tom Shelach et Almog Ohayon, ce moment anodin a rapidement tourné à l’humiliation publique.
Alors qu’ils sollicitaient l’aide de plusieurs hommes dans la rue, l’un d’eux a découvert leur nationalité israélienne. La réaction a été immédiate : l’homme a abandonné la mission en pleine action, avant de les insulter violemment à voix haute, sous les regards médusés des passants et des équipes de tournage. Les propos, explicitement hostiles et grossiers, ne laissaient aucune place au doute quant à leur caractère antisémite.
Une violence verbale devenue banale
Si l’incident choque par sa brutalité, il s’inscrit malheureusement dans une tendance lourde observée depuis deux ans. Partout dans le monde, des Israéliens – touristes, étudiants, artistes ou hommes d’affaires – rapportent des agressions verbales, des regards hostiles, voire des menaces, dès lors que leur identité est connue ou devinée. Ce climat délétère, nourri par la désinformation, la radicalisation politique et l’importation du conflit israélo-palestinien dans l’espace public occidental, touche désormais même les formats télévisés grand public.
« C’est une flèche en plein cœur », a confié Almog après la scène. « On comprend le contexte mondial, on sait que beaucoup de gens ne nous aiment pas, surtout en ce moment. Mais on vit un conflit intérieur permanent : être fiers de qui nous sommes, ou se taire pour éviter la haine. »
Ses mots résument un dilemme identitaire devenu quotidien pour de nombreux Israéliens à l’étranger : afficher ouvertement leur origine, au risque de provoquer une réaction agressive, ou la dissimuler pour se protéger. Un choix injuste, imposé par un climat où l’hostilité envers Israël se transforme de plus en plus souvent en rejet des individus eux-mêmes.
La télévision comme miroir d’une réalité dérangeante
Le fait que cette scène ait été diffusée sans être édulcorée n’est pas anodin. Les producteurs de HaMerotz LaMillion ont choisi de montrer la réalité telle qu’elle est, sans montage atténuant ni contextualisation excessive. Pour de nombreux téléspectateurs israéliens, la séquence a provoqué un profond malaise, mais aussi une forme de reconnaissance : « Voilà ce que vivent nos enfants quand ils voyagent », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux.
L’émission, habituellement synonyme d’évasion, d’humour et de dépassement de soi, se transforme ici en témoignage brut de l’époque. Une époque où même un jeu télévisé devient un terrain d’expression de la haine.
Entre fierté et prudence
Tom et Almog n’ont pas répondu aux insultes. Un choix que beaucoup saluent comme digne, mais qui révèle aussi une forme d’auto-censure imposée. « Tu te demandes si dire d’où tu viens vaut le prix à payer », a résumé Almog. « C’est épuisant mentalement. »
Cette scène relance le débat sur la normalisation de l’antisémitisme contemporain, souvent maquillé en discours politique ou en “opinion légitime”. Ici, pourtant, il ne s’agissait ni d’un débat ni d’un slogan militant, mais d’une agression ciblée contre des individus, uniquement en raison de leur origine.
Un signal d’alarme de plus
Ce nouvel épisode rappelle que l’antisémitisme n’est pas un phénomène abstrait ou historique, mais une réalité quotidienne, parfois brutale, qui s’exprime désormais sans retenue. Le fait qu’il surgisse dans une émission de grande écoute renforce encore sa portée symbolique.
Pour beaucoup d’Israéliens, cette scène n’est pas une surprise. Mais elle agit comme un miroir glaçant tendu à une opinion internationale qui préfère souvent détourner le regard.






