Pendant longtemps, Yuval Levy a cru faire partie de celles à qui « ça n’arrive pas ». Comme beaucoup de femmes jeunes, informées, suivies médicalement pour les infections sexuellement transmissibles classiques, elle pensait être protégée par sa vigilance, son mode de vie et une certaine distance mentale face aux risques invisibles. Jusqu’au jour où un simple message Instagram, reçu presque par hasard, a ouvert une brèche dans ses certitudes. Ce message, envoyé par une inconnue, évoquait un mot encore flou, presque abstrait : papillome. Quelques mois plus tard, ce mot allait s’inscrire dans sa chair, dans son corps, dans son quotidien.
À l’été 2023, fraîchement sortie d’une expérience télévisuelle éprouvante, Yuval ouvre sa messagerie saturée de messages. Parmi les insultes et les commentaires violents, un texte attire son attention. Une jeune femme lui écrit avec pudeur et urgence. Elle parle de maladies sexuellement transmissibles méconnues, de honte, de solitude, de peur de la sexualité après un diagnostic de papillomavirus humain (VPH). Elle raconte une expérience traumatisante, un sentiment d’abandon, l’absence d’informations claires. Elle cherche quelqu’un pour relayer sa voix, pour briser le silence. Yuval répond avec bienveillance, sans encore mesurer la portée de cet échange.
Le temps passe. Puis survient le 7 octobre 2023, qui bouleverse tout, gèle les projets, suspend les conversations. Quelques semaines plus tard, Yuval est elle-même confrontée à une infection sexuellement transmissible. Rien de dramatique en apparence, mais suffisamment pour fissurer l’illusion d’immunité. Les IST existent, elles circulent, elles ne choisissent pas. Progressivement, l’idée d’écrire sur le papillomavirus revient, comme une dette morale envers cette inconnue insistante. Par souci d’intégrité journalistique, Yuval décide alors de faire un test Pap, un examen de routine qu’elle avait négligé depuis des années.
Ce rendez-vous marque un tournant. L’examen est expéditif, froid, presque déshumanisant. Peu d’explications, peu d’écoute, une douleur minimisée. Puis l’attente. Un mois plus tard, l’appel tombe : test positif au papillomavirus, plusieurs souches détectées, colposcopie recommandée. Les questions affluent, sans réponses claires. Que signifie ce diagnostic ? Est-ce un cancer ? Est-ce contagieux ? Faut-il arrêter toute vie sexuelle ? Comment protéger son partenaire ? Le discours médical se veut rassurant, presque banal : « C’est très courant, continuez votre vie normalement. » Mais pour Yuval, rien n’est normal. Elle est submergée par l’angoisse, la confusion, la culpabilité.
Le papillomavirus est pourtant l’une des infections les plus répandues au monde. La majorité des personnes sexuellement actives y seront exposées au moins une fois dans leur vie. Chez beaucoup, le virus disparaît spontanément. Chez certaines femmes, en revanche, il peut provoquer des lésions précancéreuses du col de l’utérus, voire évoluer vers un cancer s’il n’est pas détecté à temps. Cette réalité statistique, Yuval la connaissait théoriquement. Mais l’éprouver dans son propre corps est une autre histoire.
Commence alors un cycle éprouvant : examens répétés, colposcopies, résultats rassurants puis à nouveau inquiétants. La vie intime est affectée. Le désir s’efface, remplacé par la peur de contaminer, d’être contaminée à nouveau, de ne jamais s’en sortir. Les pensées tournent en boucle. Le virus est invisible, silencieux, tapi dans le corps. Deux ans passent ainsi, dans un entre-deux anxieux, jusqu’au jour où le verdict tombe : des modifications précancéreuses sont détectées. Une conisation est nécessaire.
Le mot « pré-cancéreux » résonne comme un coup de tonnerre. Cette fois, Yuval choisit soigneusement son spécialiste. L’intervention se déroule dans un climat radicalement différent : écoute, explications, humanité. Le médecin reconnaît la douleur, refuse de culpabiliser la patiente, remet la responsabilité à sa juste place. Ce simple changement de posture a un effet libérateur. L’opération se passe bien. L’attente reprend, lourde, oppressante. Puis enfin, la réponse : la lésion a été retirée intégralement. Pas de cancer. Un immense soulagement.
Avec le recul, Yuval comprend que cette histoire n’est pas seulement la sienne. Elle est celle de milliers de femmes qui découvrent trop tard l’importance du dépistage régulier, du vaccin contre le papillomavirus, de l’information claire et accessible. Elle est aussi celle d’un tabou persistant autour des maladies sexuellement transmissibles, qui nourrit la honte et l’isolement. Le papillomavirus ne fait pas de distinction morale. Il ne dit rien de la valeur d’une personne, de sa sexualité ou de ses choix. Il rappelle simplement une réalité biologique : se faire dépister, se vacciner quand c’est possible, poser des questions, exiger des réponses.
Aujourd’hui, Yuval raconte son parcours pour que d’autres ne restent pas seules dans l’obscurité. Pour rappeler qu’un test de routine peut sauver une vie. Et pour rendre hommage à cette inconnue qui, en insistant pour être entendue, a peut-être, sans le savoir, déclenché une chaîne d’événements salvatrice.






