Le marché des métaux précieux a subi ces derniers jours une secousse brutale, mettant fin à une séquence haussière quasi ininterrompue. Considérés comme des valeurs refuges par excellence en période d’incertitude géopolitique et monétaire, l’or et l’argent ont violemment corrigé, surprenant même les investisseurs les plus aguerris. En l’espace de quelques séances, des milliers de milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés.
L’or, qui avait inscrit un sommet historique autour de 5 600 dollars l’once, a chuté de plus de 10 %, revenant vers la zone des 4 700–4 800 dollars. Il s’agit de la plus forte baisse journalière depuis plus de dix ans. Une correction spectaculaire, mais qui ne suffit pas à effacer la dynamique de fond : sur un mois, le métal jaune affiche encore une progression remarquable, confirmant qu’il reste solidement installé dans une tendance haussière de long terme.
La dégringolade est encore plus marquée sur le marché de l’argent. Le métal gris a perdu près de 30 %, dont près de 14 % en une seule séance, un choc inédit depuis septembre 2011. Là encore, le contraste est frappant : malgré la violence de la correction, l’argent demeure en hausse mensuelle de plus de 15 %, même si l’on est très loin des +40 % observés quelques jours auparavant.
Selon plusieurs analystes, cette chute n’est pas liée à un seul facteur, mais à une convergence de signaux macroéconomiques et financiers. La semaine a été particulièrement dense à Wall Street : publications de résultats d’entreprises, décisions de politique monétaire, spéculations autour de la Réserve fédérale américaine et climat politique tendu à Washington. Dans ce contexte surchargé, le marché des matières premières a servi de variable d’ajustement, déclenchant une vague massive de prises de bénéfices.
Un élément déclencheur clé a été l’annonce de Donald Trump, indiquant son intention de nommer Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine après la fin du mandat de Jerome Powell en mai. Cette perspective a renforcé le dollar et provoqué un mouvement de repli sur l’or et l’argent, très sensibles aux anticipations de politique monétaire et à l’évolution du billet vert.
Dans ce contexte de volatilité extrême, certains observateurs rappellent les principes fondamentaux de l’investissement. La maxime souvent attribuée à Warren Buffett – « acheter quand tout le monde vend et vendre quand tout le monde achète » – a refait surface, y compris pour des actifs réputés « sûrs ». L’explosion du phénomène FOMO (fear of missing out) ces derniers mois a poussé de nombreux investisseurs à entrer tardivement sur le marché, amplifiant mécaniquement la correction.
Les marchés actions américains ont eux aussi montré des signes d’essoufflement. Après avoir franchi pour la première fois le seuil symbolique des 7 000 points, le S&P 500 a reculé, tandis que le NASDAQ et le Dow Jones ont enregistré des baisses modérées. Cette synchronisation des replis traduit un climat de prudence généralisée, dans lequel même les actifs refuges ne sont pas épargnés.
Malgré tout, plusieurs institutions financières, dont Deutsche Bank, continuent de prévoir une poursuite de la hausse de l’or à moyen et long terme. Selon ces analyses, la correction actuelle s’apparente davantage à un nettoyage technique après une envolée trop rapide qu’à un retournement structurel. Les tensions géopolitiques, l’endettement massif des États et les incertitudes sur la trajectoire des taux d’intérêt restent autant de facteurs favorables aux métaux précieux.
Enfin, l’actualité politique américaine – notamment la menace d’une nouvelle paralysie partielle de l’administration fédérale – pourrait encore peser sur le dollar et relancer l’attrait pour l’or et l’argent dans les semaines à venir. Si les marchés ont brutalement rappelé que même les refuges peuvent vaciller, ils n’ont pas pour autant invalidé leur rôle stratégique dans un portefeuille diversifié.






