Madrid vient de franchir un seuil diplomatique supplémentaire dans sa rupture progressive avec Israël. Le gouvernement espagnol a officiellement mis fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël, Ana María Salomón Pérez, entérinant ainsi une situation de fait qui durait depuis plusieurs mois. En pratique, l’ambassade d’Espagne à Tel Aviv sera désormais dirigée par un chargé d’affaires — un rang diplomatique inférieur à celui d’ambassadeur — ce qui signifie une dégradation formelle et officielle du niveau de représentation espagnole en Israël, selon Maariv.

L’affaire a ses racines dans la crise diplomatique profonde qui opposait déjà les deux pays depuis la guerre de Gaza. En septembre dernier, Madrid avait rappelé son ambassadrice pour des « consultations » — formule diplomatique consacrée pour signifier une désapprobation grave sans aller jusqu’à la rupture totale. Depuis ce rappel, Ana María Salomón Pérez n’était jamais retournée à son poste. La décision publiée aujourd’hui ne fait donc que sceller officiellement une réalité qui s’était installée dans les faits : depuis six mois, l’ambassade d’Espagne à Tel Aviv fonctionnait déjà en mode dégradé, sans ambassadeur résident.

Durant cette période, les échanges entre les deux gouvernements ont été marqués par une escalade rhétorique notable. Des accusations mutuelles ont été échangées publiquement, des diplomates des deux côtés ont été convoqués pour des réprimandes formelles, et l’atmosphère générale des relations bilatérales a continué de se détériorer. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui avait adopté depuis le début du conflit à Gaza l’une des postures les plus critiques envers Israël parmi les dirigeants européens, n’a montré aucun signe d’intention de normaliser la relation dans un avenir proche.

La décision de ne pas nommer immédiatement un remplaçant de même rang est elle-même un signal politique fort. Pour retrouver une représentation diplomatique complète, Madrid devra désigner un nouvel ambassadeur et obtenir l’agrément d’Israël — une procédure formelle qui, dans le contexte actuel, pourrait rester en suspens indéfiniment. L’ambassade n’est pas fermée et les canaux diplomatiques entre Jérusalem et Madrid demeurent ouverts, mais le message est clair : l’Espagne n’entend pas revenir à une relation normale tant que la situation politique ne le justifiera pas à ses yeux.

Cette décision intervient dans un contexte géopolitique plus large où plusieurs pays européens, sous la pression de leurs opinions publiques et de leurs orientations politiques internes, ont adopté des positions de plus en plus distantes vis-à-vis d’Israël depuis le 7 octobre 2023. L’Espagne, avec l’Irlande et la Norvège, a d’ailleurs été l’une des premières nations européennes à reconnaître formellement l’État palestinien en mai 2024. La guerre élargie à l’Iran menée depuis début mars 2026 n’a pas incité Madrid à revoir cette trajectoire — au contraire, elle semble l’avoir consolidée.

Pour Israël, la démarche espagnole représente une irritation supplémentaire sur le front diplomatique européen, dans une période où le pays mobilise l’essentiel de son énergie sur les fronts militaires. Jérusalem devra décider si elle répond par un geste symétrique — rappeler son propre ambassadeur à Madrid ou abaisser de même le niveau de sa représentation — ou choisit d’absorber l’affront diplomatique sans réciproque formelle.