Des scanners cérébraux inédits viennent de démontrer que les chiens sont capables de reconnaître les visages humains heureux, et que leur cerveau traite cette positivité dans des zones directement liées à la récompense et au plaisir. Cette réaction neuronale puissante se manifeste même lorsque les chiens observent de simples photographies d’inconnus complets, sans aucun indice complémentaire tel que le ton de la voix, l’odeur, le mouvement ou le contexte environnant.

Dans le cadre de cette expérience, publiée dans la revue scientifique iScience, un groupe de chiens issus de races variées — parmi lesquels des border collies, des retrievers et des chiens d’assistance — a été entraîné à rester immobile, de leur plein gré, à l’intérieur d’un scanner IRM. Pendant la durée du balayage, les chercheurs ont présenté aux chiens des photographies de différentes expressions faciales humaines : la joie, la peur, la neutralité, la colère et la tristesse.

Un effet comparable à une décharge de dopamine

Les résultats de l’étude montrent que les visages joyeux et souriants activaient de manière systématique les zones cérébrales directement associées au système de récompense. Les chercheurs ont expliqué que cette réaction équivaut à ce que l’on appelle une « décharge de dopamine » dans le cerveau humain, un mécanisme généralement déclenché lors de la réception d’un retour positif ou d’une victoire dans un jeu. Ces résultats suggèrent qu’une expression positive revêt, pour le chien, une valeur émotionnelle interne élevée, qu’elle fonctionne comme un puissant facteur de motivation, et qu’elle pourrait constituer un outil particulièrement efficace dans les processus d’entraînement et de dressage.

Par ailleurs, une analyse portant sur l’ensemble du cerveau a révélé que celui des chiens produit des schémas d’activité distincts permettant de différencier la peur de la colère et de la tristesse — une première preuve que les chiens distinguent certaines expressions négatives entre elles. Les chercheurs ont néanmoins constaté que les chiens éprouvent davantage de difficultés à différencier précisément la colère de la tristesse lorsqu’ils se fondent uniquement sur les traits du visage.

Trente-trois mille ans de cohabitation avec l’humain

La chercheuse principale de l’étude, Laura Cuaya, a indiqué lors d’un entretien accordé à la BBC News que ces résultats témoignent du fait que l’évolution et la domestication prolongée du chien aux côtés de l’homme — un processus amorcé il y a environ trente-trois mille ans — ont façonné son cerveau pour qu’il réagisse avec une grande sensibilité aux signaux faciaux humains. Les chercheurs ont toutefois tenu à souligner qu’il ne faut pas interpréter ces résultats comme la preuve que les chiens vivent des émotions de manière conceptuellement identique aux êtres humains, et que, dans la vie quotidienne, les chiens traitent leur environnement de façon multisensorielle, en intégrant également le langage corporel, l’odeur et les nuances vocales.

« Je veux que les gens considèrent les chiens comme des créatures dotées d’émotions », a résumé Laura Cuaya, qui recommande aux propriétaires de chiens de multiplier les sourires envers leurs compagnons : « Le sourire offre au chien une récompense simple, non verbale et puissante, que son cerveau est programmé pour recevoir avec joie. »

Cette découverte vient enrichir un champ de recherche en pleine expansion sur la cognition canine, qui s’intéresse depuis plusieurs années à la manière dont les chiens perçoivent, interprètent et réagissent aux signaux émis par les humains avec lesquels ils partagent leur quotidien. Elle confirme également, sur le plan neuroscientifique, ce que de nombreux propriétaires de chiens observent intuitivement au quotidien : la réactivité émotionnelle marquée de leur animal face à leurs propres expressions faciales.


Sur le lien particulier qui unit les chiens à leurs compagnons humains, notre rédaction avait déjà raconté l’histoire du chien qui a détecté une tumeur cancéreuse chez sa propriétaire, ainsi que celle du chien qui a sauvé des combattants de Tsahal d’une explosion à Gaza.


chiens, expressions faciales, cerveau, IRM, dopamine, iScience

[signoff]