Il suffit de longer la crête sud de Jérusalem ces derniers mois pour sentir le changement. L’axe de la route de Hébron, le quartier de Talpiot en pleine rénovation et le nouveau quartier de Givat HaMatos forment en réalité une nouvelle grande ville.

Des dizaines de grues travaillent en même temps, de nouvelles routes sont tracées, et les infrastructures du tramway s’étendent peu à peu sur le terrain.

Pendant des décennies, le sud de la capitale était considéré comme une zone périphérique. Mais les plans de développement massifs en ont fait le principal pôle d’attraction de la ville. À côté des projets de démolition-reconstruction à Talpiot, le joyau de l’axe est Givat HaMatos. Ce quartier entièrement neuf est construit de zéro sur l’une des rares réserves de terrain encore libres de la ville. Il doit compter des milliers de logements et d’équipements publics.

Entre le désert et la Vieille Ville

L’ingénieur de la ville, Yoel Even, décrit un emplacement exceptionnel. « Ce quartier se trouve à un point stratégique extraordinaire, par son paysage et sa topographie », explique-t-il. « Quand on y habite, on est sur une ligne de jonction unique : d’un côté, on voit le paysage du désert et la mer Morte, de l’autre, tout Jérusalem s’offre à vous : la forêt de Gilo, le centre-ville, la Vieille Ville et le mont du Temple. »

Il poursuit : « L’axe de la route de Hébron, le quartier rénové de Talpiot et Givat HaMatos forment en réalité une nouvelle grande ville que nous construisons au sud de Jérusalem, avec des dizaines de milliers de logements et une qualité de vie qui n’existait pas ici auparavant. »

En plus des logements, un réseau de transport moderne se met en place. La ligne bleue du tramway doit entrer en service dès 2028. Des liaisons souterraines vers la route 16 mèneront directement à l’entrée de la ville. Un projet prévoit aussi de prolonger la ligne ferroviaire rapide jusqu’au complexe de la Première Gare.

Mordot Arnona ouvre la voie

Alors que certains projets du sud de la ville en sont encore au stade du gros œuvre et des infrastructures, la vie bat déjà son plein à Mordot Arnona. Ce nouveau quartier s’étend sur l’impressionnante pente entre le vieux quartier d’Arnona et Armon Hanatziv. Il connaît en ce moment une vague d’emménagements considérable. Aux quelque 300 premières familles déjà installées s’ajoutent environ 700 autres cet été, en attendant un objectif total d’environ 1 900 foyers.

Le quartier est marqué par une énergie particulièrement jeune : près de la moitié des habitants sont des enfants et des adolescents, et une part importante appartient au public sioniste religieux. Mordot Arnona propose une offre de logements variée, dont de nombreux appartements du programme gouvernemental « Dira BeHanaha » (appartement à prix réduit). On y trouve aussi de nouveaux parcs et aires de jeux, un centre commercial qui compte déjà un supermarché et une boulangerie, et un accès à pied direct au quartier voisin d’Arnona. Le tout avec une vue ouverte et spectaculaire sur le désert de Judée, la mer Morte et les montagnes de Moab.

L’éducation comme pilier

La municipalité de Jérusalem et l’administration de l’éducation de la ville ont fait de ce quartier une priorité stratégique, convaincues qu’un enseignement de qualité tire tout un environnement vers le haut. Dès cette année scolaire, trois jardins d’enfants y ont ouvert, deux dans le réseau public religieux et un dans le réseau public laïc. Les meilleures éducatrices de la ville y ont été recrutées. L’année suivante, deux nouvelles écoles primaires ouvriront leurs portes.

« Le 7 octobre a tranché : notre maison est à Jérusalem »

Ce développement accéléré attire des jeunes couples israéliens, mais aussi de nouveaux immigrants, venus avec un profond sentiment de mission.

Hava Cohen, 51 ans, et Avraham Cohen, 52 ans, en sont un exemple parlant. Ils ont fait leur alya depuis la Floride il y a quelques semaines seulement et ont emménagé dans leur nouvel appartement à Mordot Arnona. Tous deux sont des professionnels, elle dans le crédit immobilier, lui dans la fintech. Sionistes fervents, ils appartenaient à la communauté orthodoxe moderne. Aux États-Unis, Hava était engagée dans la lutte contre l’antisémitisme et a conduit de nombreuses délégations de solidarité et de soutien en Israël après le 7 octobre.

Les événements de ce Shabbat ont été pour eux le déclic définitif pour faire leur alya. Leurs trois enfants adultes, restés pour l’instant aux États-Unis dans l’espoir de les rejoindre plus tard, n’ont posé qu’une condition : « Si vous voulez qu’on vienne souvent vous voir, vous devez habiter à Jérusalem. »

« Une mosaïque humaine »

Lors d’un de ses voyages en Israël avec une délégation de soutien, Hava est tombée sur une annonce du projet de Mordot Arnona. « Nous avons trouvé ici un très bel appartement, avec une vue magnifique et à un prix raisonnable », raconte-t-elle.

Elle ne cache pas que tout n’est pas encore achevé. « C’est vrai, le quartier est encore en construction et la plupart des espaces commerciaux ne sont pas encore utilisés. Mais on sent bien que la municipalité investit énormément dans la planification, la construction et les projets de transport pour que ce quartier réussisse. En parallèle, les gestionnaires du projet sont extrêmement disponibles et règlent tout de suite chaque petit problème de départ, avec une vraie volonté que nous soyons satisfaits. »

Pour elle, l’essentiel est ailleurs. « Ce qui nous a le plus séduits, c’est la mosaïque humaine : des religieux à côté de laïcs, des traditionalistes, de nouveaux immigrants à côté d’Israéliens de longue date. Il y a ici un renouveau extraordinaire, et nous sommes très optimistes pour l’avenir. »

L’histoire du couple Cohen, comme celle des centaines de familles qui remplissent déjà les rues, montre que la révolution du sud de Jérusalem n’est pas seulement un projet sur le papier. C’est un lien vivant entre l’histoire, le sionisme d’aujourd’hui et un formidable élan de développement, qui font du sud de la capitale le nouveau centre de gravité de Jérusalem.


Le tramway de Jérusalem a déjà une longue histoire : relisez le refus d’entreprises européennes de construire une ligne dans la capitale. Sur le marché du logement, lisez aussi l’évolution des prix à Jérusalem et à Haïfa, ainsi que la création d’une ligne de bus directe entre Jérusalem et l’aéroport Ben Gourion.


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