Le chiffre est contre-intuitif, presque surréaliste. Alors qu’Israël mène depuis onze jours une campagne militaire de grande envergure contre l’Iran, que des missiles s’abattent sur des zones habitées et que l’espace aérien a été partiellement fermé, quelque 2 500 touristes étrangers ont choisi d’entrer dans le pays depuis le début de l’opération « Shagat HaAri ». Ces données, publiées ce mardi par le ministère du Tourisme, esquissent un tableau complexe de la vie civile israelienne en temps de guerre — entre exode organisé, résilience surprenante et gestion d’urgence des populations déplacées.
Au moment du déclenchement de l’opération le 28 février, environ 37 000 touristes se trouvaient sur le territoire israélien. Depuis, quelque 16 000 d’entre eux ont quitté le pays, laissant environ 21 500 visiteurs toujours présents — des personnes entrées au cours des trois derniers mois et qui, pour diverses raisons, n’ont pas encore pu ou voulu partir. Le ministère précise avoir mis en place dès les premières heures du conflit un dispositif de navettes spéciales vers le poste-frontière terrestre de Taba, en direction de l’Égypte, pour pallier la fermeture de l’espace aérien. Ce service, utilisé par des centaines de touristes, a été suspendu ce matin avec la réouverture partielle du ciel aux vols de sortie. Les voyageurs souhaitant quitter Israël par voie terrestre peuvent désormais recourir aux transports en commun réguliers.
Parallèlement à la gestion des touristes, le ministère du Tourisme joue un rôle inattendu mais essentiel dans la prise en charge des civils israéliens déplacés par les frappes. À ce jour, 2 356 résidents dont le domicile a été endommagé ou détruit par des missiles ont été relogés dans des hôtels à travers le pays, avec pour objectif de les maintenir aussi près que possible de leur lieu de résidence habituel. Parmi ces établissements figure l’hôtel Vizhnitz de Bnei Brak, qui accueille environ 90 personnes déplacées par les frappes du 3 mars, ainsi que plusieurs hôtels à Jérusalem hébergeant des familles de Beit Shemesh touchée par un missile.
Le directeur général du ministère, Mikhaël Ytzhakov, a effectué ce mardi une visite sur le terrain à Bnei Brak, après s’être rendu la veille dans les établissements jérusalémites. Il a rencontré les familles déplacées, recueilli leurs besoins et pris connaissance des délais de reconstruction envisagés. Dans un communiqué, il a présenté la mission de son ministère comme une « tâche nationale sensible et complexe », saluant la mobilisation de ses équipes et remerciant le ministère des Transports pour sa coopération dans l’organisation des évacuations de touristes.
Ce tableau d’ensemble révèle une réalité souvent ignorée des récits de guerre : derrière les frappes et les communiqués militaires, une administration civile continue de fonctionner, de gérer des flux humains et d’assurer des services de base à des dizaines de milliers de personnes — qu’il s’agisse d’étrangers pris dans une guerre qu’ils n’avaient pas anticipée ou de familles israéliennes qui ont tout perdu du jour au lendemain. Les 2 500 touristes qui ont choisi d’entrer en Israël malgré le contexte restent une anomalie statistique difficile à expliquer — mais ils illustrent, à leur façon, que la vie ne s’arrête jamais complètement, même en temps de guerre.
Source : Mako/N12






