Quand les grandes célébrations officielles de Pourim ont été annulées dans tout le pays en raison de l’opération Shaagat HaAri, une autre image d’Israël est apparue — discrète, spontanée, obstinée. Dans des cours d’immeubles, des rues de quartier et de petites salles improvisées, des familles ont décidé de ne pas laisser la guerre effacer la fête. À quelques mètres d’un abri, toujours prêtes à s’y précipiter, elles ont choisi de célébrer quand même.


Une fête de quartier à portée de sirène

À Kiryat Tivon, Noa avait une idée simple : offrir aux enfants au moins une heure de vrai Pourim. Elle a organisé une fête spontanée dans sa cour, invitant une vingtaine de familles du voisinage. La logistique sécuritaire était intégrée dès le départ. « En cas d’alerte, nous pouvions entrer dans notre abri ou dans l’un des abris des quatre maisons de la rue, qui se trouvent à quelques mètres de nous. »

Après deux alertes dans la matinée, les tables ont été dressées avec des sucreries, de la limonade et des bières pour les parents. De la musique a été diffusée, les enfants ont joué sous le soleil, Noa a installé un stand de maquillage, et une voisine photographe a proposé des portraits de famille. La fête a duré le temps qu’elle a pu durer. Une demi-heure après que les familles se soient dispersées, une nouvelle alerte a retenti — rappel immédiat de la réalité qui encadrait chaque moment de ce bonheur fragile.

« Nous voulions offrir aux enfants au moins une heure de vrai Pourim, une heure qui ne ressemble pas à une attente de sirène », a expliqué Noa.

 


En maison de retraite, des résidents qui ont tout vu

À Tel Aviv, dans la résidence médicalisée Beit Jenny Brauer de l’association Raout, les résidents ont refusé que la guerre leur vole leur fête. Déguisements, danses, concours de costumes, oreilles de Haman — la célébration a eu lieu comme prévu, dans la pleine conscience de ce qui se passait à l’extérieur. « Une partie de nos résidents ont vécu toutes les guerres d’Israël, et ils continuent à garder le moral », a dit le directeur de l’établissement. Cette phrase, prononcée simplement, résonne différemment quand on sait que certains de ces résidents ont traversé des décennies de conflits et continuent de choisir la joie.


Des infirmières déguisées en ours au service maternité

Au centre médical Shamir, le service maternité a vécu une matinée pas tout à fait ordinaire. Les infirmières sont arrivées à leur garde déguisées en ours en peluche — une initiative personnelle pour apporter un peu de couleur et de légèreté aux jeunes mères hospitalisées en pleine période de guerre. Entre les soins aux nouveau-nés et les visites médicales, elles ont veillé à rappeler que même dans les moments les plus tendus, l’humanité garde sa place.

« Si on a réussi à faire sourire une seule parturiente, nous avons fait notre travail », a déclaré Daniela Azra, infirmière responsable du service.

 


Ce que ce Pourim dit d’Israël

Ce Pourim 2026 restera dans les mémoires comme le plus sobre, le plus contraint, le plus réduit à l’essentiel. Les défilés ont été annulés, les fêtes scolaires reportées, les événements municipaux supprimés. Et pourtant, partout, quelque chose a résisté. Des initiatives minuscules, portées par des individus ordinaires qui ont refusé de laisser la guerre avoir le dernier mot sur la joie. Dans une cour à Kiryat Tivon, dans une maison de retraite à Tel Aviv, dans un service maternité au centre médical Shamir — Pourim a eu lieu quand même. Plus petit, plus précieux.