Téhéran ressemble de moins en moins à une capitale en guerre contre un ennemi extérieur, et de plus en plus à une ville occupée par son propre régime. Pendant que les frappes israélo-américaines se poursuivent sur les installations nucléaires et militaires iraniens, le pouvoir islamique tourne ses canons vers l’intérieur — et les signaux qui filtrent de l’Iran dressent le tableau d’un régime qui a peur de son propre peuple, selon Maariv.
Le signe le plus révélateur de cette paranoïa est une annonce publiée par l’organisation des « Associations et organisations religieuses d’Iran » — un organe officiel proche du régime. Dans un communiqué inhabituel, elle met en garde contre d’éventuelles tentatives de sabotage lors de rassemblements religieux publics, et appelle les organisateurs à refuser toute nourriture ou don en provenance de personnes non identifiées. La formule utilisée dans le texte est frappante : « La main du Mossad est dans la marmite. » Le régime, en d’autres termes, redoute désormais ouvertement que le renseignement israélien soit capable d’infiltrer jusque dans les cuisines de ses propres cérémonies religieuses pour y introduire des aliments empoisonnés.
Cette crainte, aussi symbolique soit-elle, dit quelque chose d’essentiel sur l’état d’esprit du régime : il ne fait plus confiance à l’environnement immédiat de ses propres institutions. L’ennemi n’est plus seulement au-dessus — dans les avions de combat qui larguent des bombes — il est présumé infiltré au sol, dans les marchés, dans les mosquées, dans les mains qui préparent le repas collectif.
Sur le terrain, la militarisation des rues de Téhéran confirme cette lecture. Selon des témoignages recueillis par l’AFP auprès de résidents de la capitale, les Gardiens de la Révolution et le Bassidj ont déployé de nombreux barrages à travers la ville, fouillant les véhicules et procédant parfois à des contrôles corporels. Les grandes artères habituellement encombrées se sont vidées — remplacées par des checkpoints. Un habitant de 30 ans décrit des hommes armés de mitrailleuses lourdes postés à chaque carrefour principal, avec l’intention explicite d’intimider la population. Sa lecture est cinglante : les forces de sécurité considèrent que « le vrai ennemi, c’est le peuple lui-même, pas les Américains. »
La sociologie de ces forces est elle-même révélatrice. Pierre Razoux, directeur de recherche de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques, a indiqué devant des parlementaires français que l’appareil sécuritaire interne iranien compterait environ 850 000 hommes. Parmi eux, quelque 600 000 appartiendraient au Bassidj — un chiffre supérieur à celui de l’armée régulière ou des Gardiens de la Révolution eux-mêmes. C’est ce corps paramilitaire, composé de volontaires idéologiquement conditionnés, qui constitue l’ossature de la répression intérieure du régime en temps de crise.
La pression ne se limite pas à Téhéran. Dans l’île de Kish, au cœur du Golfe Persique, des résidents témoignent que beaucoup évitent de sortir, et que dès la tombée de la nuit des restrictions de circulation comparables à un couvre-feu sont appliquées. Pourtant, malgré tout ce dispositif, des voix dissidentes continuent de se faire entendre la nuit depuis les fenêtres des immeubles de la capitale. Israël et les États-Unis ont appelé les citoyens iraniens à profiter du moment pour se soulever contre le régime — un appel qui, selon les rapports disponibles, est pour l’instant étouffé dans l’œuf par l’omniprésence des forces de sécurité. Une habitante de 39 ans résume l’état d’esprit de beaucoup : « Nous restons chez nous et nous espérons rester en vie jusqu’au jour où nous pourrons être vraiment libres. »






