La guerre ne se limite pas aux missiles et aux abris. Elle s’infiltre aussi dans l’assiette, dans les habitudes alimentaires, dans ce réflexe de plus en plus familier qui pousse vers le réfrigérateur dès que retentit une alerte ou que l’angoisse monte. Inbal Markowitz Yiman, diététicienne aux centres médicaux Assuta, explique dans une interview accordée à c14.co.il ce que le stress de guerre provoque concrètement dans le corps — et comment en sortir sans culpabilité ni spirale destructrice.
Le mécanisme est connu mais souvent mal compris. L’alimentation émotionnelle ne commence pas par la faim : elle commence par une émotion désagréable — tristesse, pression, ennui, agitation, colère — qui cherche à être neutralisée. La nourriture entre alors en scène comme un outil de régulation émotionnelle, une source de réconfort immédiat et de calme apparent. Le problème, explique la diététicienne, c’est que ce mécanisme se retourne contre lui-même : après l’acte alimentaire viennent les sentiments de culpabilité et d’auto-flagellation, qui génèrent à leur tour une nouvelle vague d’émotions négatives et un nouveau besoin de consolation rapide. Une boucle qui s’autoalimente.
La première étape pour en sortir est d’identification, pas d’inhibition. Il s’agit de reconnaître l’émotion qui monte, de lui laisser de la place — « la laisser exister » — avant de chercher d’autres moyens d’y répondre : dépenser de l’énergie par le sport, écouter de la musique, coucher l’émotion par écrit, ou simplement respirer. En parallèle, il est recommandé de porter une attention pleine et entière à l’acte de manger lorsqu’il a lieu : choisir son alimentation avec intention, observer l’apparence de la nourriture, son goût, sa texture, manger assis, mastiquer lentement, savourer. L’objectif est de renouer avec ce que le corps demande réellement, et non avec ce que l’anxiété projette sur l’acte alimentaire.
Sur la question de la culpabilité post-alimentation, la diététicienne est catégorique : elle aggrave le problème au lieu de le résoudre. Lorsqu’on se punit après avoir mangé sous l’effet du stress, on renforce précisément le mécanisme qu’on cherche à briser. En se pardonnant et en comprenant ce qui s’est passé, on libère l’énergie nécessaire pour chercher des alternatives. Et même lorsqu’on consomme des aliments peu sains, cela peut rester un choix conscient et assumé — à condition de le faire sans culpabilité et avec plaisir.
Pour ce qui est de l’anxiété elle-même, la réponse la plus documentée reste l’activité physique. La pratique sportive déclenche la libération de dopamine, d’endorphines et d’autres neurotransmetteurs qui améliorent l’humeur, induisent un sentiment de calme et réduisent les symptômes anxieux. Et contrairement à ce que beaucoup croient, il n’est pas nécessaire de s’astreindre à un entraînement long et intense : n’importe quelle durée et n’importe quel niveau d’effort produisent des effets positifs. Une marche rapide avec un ami dans un parc, ou une vidéo d’entraînement sur YouTube suffisent.
Pour ceux qui n’ont ni la motivation ni l’énergie d’une séance structurée, il existe une alternative simple : augmenter ce que les spécialistes appellent le NEAT — Non-Exercise Activity Thermogenesis — soit l’ensemble de l’énergie dépensée dans toutes les activités du quotidien hors sommeil, repas et sport délibéré. Faire le ménage, jardiner, marcher jusqu’aux courses, prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur, téléphoner en marchant, promener les enfants ou l’animal de compagnie : autant de micro-activités qui, cumulées, maintiennent le corps en mouvement et la tête un peu plus légère, même dans les jours les plus lourds.






