MINOLTA DIGITAL CAMERA

Une vive polémique secoue le système éducatif israélien après la révélation de contenus pédagogiques distribués à des élèves de lycée à Netanya. Des parents ont découvert, avec stupeur, des fiches de travail utilisées dans le cadre des cours de Shalakh (connaissance de la terre et de la société israéliennes), contenant des questions perçues comme une remise en cause directe de l’identité religieuse et nationale des élèves. Au cœur de la controverse figure une question particulièrement sensible : « Si vous pouviez vivre selon une autre religion, laquelle choisiriez-vous, et pourquoi ? »

Selon plusieurs témoignages de parents, ces documents ont été distribués sans information préalable ni contextualisation suffisante. Les élèves, majoritairement issus de familles juives, ont été invités à se projeter dans une appartenance religieuse différente de la leur, un exercice que de nombreux parents jugent inadapté, voire idéologiquement orienté. Pour eux, demander à des adolescents de s’imaginer vivre selon une autre foi dépasse le cadre d’un apprentissage académique neutre et touche directement à la construction identitaire.

Outre cette question centrale, les fiches incluaient des travaux comparatifs entre religions monothéistes et polythéistes, avec une analyse de leurs fondateurs respectifs. Un autre exercice demandait aux élèves d’exprimer leur opinion sur la vente d’arbres de Noël dans des supermarchés proches de leur domicile. Là encore, certains parents estiment que ces sujets, présentés sans ancrage clair dans l’histoire ou la tradition juive, contribuent à brouiller les repères culturels et religieux.

La réaction politique n’a pas tardé. Le député Avi Maoz, président du parti Noam, a vivement critiqué ces initiatives depuis la tribune de la Knesset. « Ce n’est pas ainsi que l’on élève des enfants attachés à leur identité nationale juive », a-t-il déclaré. Selon lui, ce type de pédagogie produit « une génération confuse, sans racines, orientée vers une citoyenneté mondiale abstraite, détachée de l’identité juive et de l’histoire de l’État d’Israël ».

Pour ses soutiens, cette affaire illustre une dérive plus large du système éducatif, accusé par certains courants conservateurs de promouvoir un relativisme culturel au détriment des fondements juifs et sionistes de l’État. Ils estiment que l’école publique doit avant tout renforcer le sentiment d’appartenance nationale, surtout dans un contexte géopolitique et social marqué par de fortes tensions identitaires.

À l’inverse, des voix plus libérales défendent l’approche pédagogique, arguant que la comparaison entre religions fait partie d’une éducation générale visant à développer l’esprit critique, la tolérance et la compréhension du monde. Selon eux, poser des questions hypothétiques n’équivaut pas à encourager un changement d’identité, mais permet aux élèves de mieux comprendre leur propre tradition par contraste avec d’autres systèmes de croyances.

Cependant, le cœur du débat ne porte pas uniquement sur le contenu, mais sur l’âge et le cadre. De nombreux parents reconnaissent l’importance de l’enseignement comparatif des religions dans un contexte académique, mais contestent la manière dont ces questions ont été formulées et introduites. Ils dénoncent l’absence de dialogue préalable avec les familles et s’interrogent sur les objectifs pédagogiques réels poursuivis.

Dans une société israélienne profondément marquée par la question de l’identité – juive, nationale, religieuse ou civique – l’école devient un champ de bataille idéologique. Chaque mot, chaque exercice, chaque fiche de travail est scruté à la loupe. Pour les parents concernés à Netanya, l’inquiétude est claire : ils redoutent que l’école, au lieu d’être un lieu de transmission et de continuité, devienne un espace de déconstruction prématurée de repères encore fragiles chez des adolescents en pleine construction personnelle.

En conclusion de son intervention, le député Avi Maoz a appelé les parents à une vigilance accrue. Il les a exhortés à examiner attentivement les supports pédagogiques utilisés dans les établissements scolaires et à exiger une éducation « conforme aux valeurs du peuple juif dans l’État juif ». Cette affaire pourrait désormais dépasser le cadre local et relancer, au niveau national, un débat fondamental sur les limites de l’éducation pluraliste et sur le rôle de l’école dans la préservation de l’identité collective en Israël.