Arrestations, dénonciations, amendes lourdes et immense désillusion : après des années de tolérance implicite, les autorités thaïlandaises ont durci l’application des lois foncières sur l’île de Koh Phangan. Résultat : de nombreux Israéliens, qui rêvaient d’y construire une maison paradisiaque ou de réaliser une plus-value rapide, baissent aujourd’hui le profil, certains allant jusqu’à quitter précipitamment l’île. Ceci est le premier volet d’une série consacrée à l’éclatement de cette bulle immobilière atypique.
De l’Eldorado rêvé au réveil brutal
Pendant plusieurs années, Koh Phangan est devenue un symbole d’une nouvelle utopie israélienne à l’étranger : plages de sable blanc, cocotiers, coût de la vie relativement bas et possibilité de travailler à distance. Sur les réseaux sociaux, l’île était présentée comme un paradis accessible, où il suffisait d’un peu de capital pour bâtir une villa, ouvrir un business ou investir dans la terre.
Mais derrière les images soigneusement filtrées d’Instagram, la réalité juridique était bien plus fragile. En Thaïlande, les étrangers n’ont pas le droit de posséder des terrains en leur nom. Les montages juridiques utilisés — sociétés écrans, prête-noms locaux, contrats de location à très long terme — reposaient sur une zone grise que les autorités ont longtemps laissée prospérer.
Changement de cap des autorités thaïlandaises
Depuis plusieurs mois, cette indulgence a pris fin. Les autorités locales ont lancé une campagne d’application stricte des lois foncières : contrôles, enquêtes, amendes, ordres de démolition, voire arrestations. Des cas de dénonciations entre étrangers eux-mêmes ont également été signalés, dans un climat de méfiance croissante.
Un investisseur israélien confie :
« Aujourd’hui, toute personne qui effectue une simple vérification juridique comprend immédiatement que le modèle ne tient plus. La revente n’est même plus une option réaliste. »
Selon plusieurs témoignages, des projets de construction ont été gelés du jour au lendemain, des terrains saisis et des sociétés locales dissoutes pour non-conformité à la loi.
Une bulle alimentée par l’illusion
La flambée des prix observée ces dernières années reposait largement sur une demande artificielle, alimentée par des groupes d’expatriés persuadés d’avoir trouvé une faille durable dans le système. Des parcelles revendues plusieurs fois entre étrangers, sans véritable enregistrement foncier conforme, ont vu leur valeur grimper… jusqu’à ce que l’État intervienne.
Avec le durcissement des contrôles, la demande s’est évaporée presque instantanément. Les acheteurs potentiels se font rares, les ventes sont suspendues et les prix commencent à chuter.
Départs, silence et désenchantement
Face à cette nouvelle réalité, beaucoup d’Israéliens présents sur l’île ont choisi la discrétion. Certains ont quitté Koh Phangan, d’autres ont abandonné leurs projets immobiliers et se concentrent uniquement sur des séjours temporaires ou des locations légales à court terme.
« Le rêve s’est fissuré », résume un résident de longue date. « Ceux qui ont investi sans comprendre les règles paient aujourd’hui le prix fort. »
Une leçon au-delà de Koh Phangan
L’explosion de cette bulle immobilière dépasse le cadre d’une île thaïlandaise. Elle illustre les risques majeurs liés aux investissements à l’étranger, lorsque l’enthousiasme communautaire, les récits de réussite rapide et les réseaux sociaux remplacent une véritable diligence juridique.
Pour Koh Phangan, le retour à l’ordre légal pourrait freiner durablement la spéculation étrangère. Pour les investisseurs israéliens, l’épisode laisse un goût amer — et un rappel sévère : même le paradis a ses lois.








