Une controverse politique et médiatique s’est déclenchée en Israël autour du nouveau chef du Shin Bet, David Zini, après la révélation de son refus de serrer la main à des femmes lors d’une cérémonie interne de l’organisation. Un geste motivé, selon les informations disponibles, par le respect strict des règles religieuses de shmirat neguia (interdiction du contact physique avec des personnes du sexe opposé).

L’affaire, qualifiée par certains de « tempête dans un verre d’eau », a néanmoins suscité de vives réactions à gauche, où plusieurs voix ont accusé Zini d’envoyer un message humiliant et discriminatoire aux femmes servant au sein du Shin Bet.

Une consigne préalable avant une cérémonie officielle

Selon des révélations publiées par le journaliste Yossi Melman, quelques semaines avant une cérémonie de promotion de cadres — hommes et femmes — au siège du Shin Bet, une consigne aurait été transmise aux participantes les informant qu’elles devaient s’abstenir de serrer la main du directeur de l’organisation.

Il ne s’agissait pas d’un incident improvisé, mais d’une instruction communiquée en amont, précisément pour éviter toute situation embarrassante lors de l’événement officiel. Cette démarche n’a toutefois pas empêché la polémique d’enfler une fois l’information rendue publique.

Accusations de discrimination et comparaisons extrêmes

Dans les milieux progressistes et sur les réseaux sociaux, les critiques ont été immédiates. Plusieurs commentateurs ont affirmé que ce comportement « signale aux femmes que leur place n’est pas au Shin Bet », et qu’il constituerait une forme d’humiliation institutionnelle.

Un message particulièrement virulent publié sur le réseau X a même comparé la situation à un glissement idéologique dangereux, écrivant que « l’Iran est déjà ici » et suggérant que le service de sécurité israélien serait en train de se transformer en Gardiens de la Révolution, une analogie qui a choqué de nombreux observateurs.

Réactions ironiques et contre-attaques à droite

À droite, la réaction a été tout aussi rapide, mais d’un ton radicalement différent. Plusieurs personnalités politiques et médiatiques ont tourné la polémique en dérision, dénonçant ce qu’elles perçoivent comme une obsession idéologique déconnectée des enjeux sécuritaires.

Le commentateur Yaki Adamker a ainsi ironisé sur une « nouvelle tempête médiatique » affirmant que « le Shin Bet serait tombé parce que son directeur n’a pas serré des mains », ajoutant qu’il n’avait « plus la force » de suivre ce type de controverses.

L’ancien député Michael Ben Ari a, de son côté, réagi de manière cinglante, appelant ironiquement au retour d’anciens responsables du Shin Bet. Selon lui, « le plus important, c’est de serrer des mains — c’est comme ça qu’on bat l’ennemi », une formule sarcastique visant à souligner l’absurdité, à ses yeux, des critiques adressées à Zini.

Le tweet viral de Jonathan Urich

La réaction la plus relayée est venue de Jonathan Urich, conseiller du Premier ministre. Dans un tweet largement partagé, il a utilisé un ton volontairement sarcastique pour dénoncer ce qu’il décrit comme un renversement des priorités.

Il a écrit qu’il trouvait « insupportable » l’idée d’avoir un chef du Shin Bet qui respecte les règles religieuses, avant d’enchaîner avec une liste mordante de références à des responsables sécuritaires du passé, accusés implicitement d’échecs majeurs tout en étant célébrés pour leur conformité aux normes laïques.

Son message a été interprété comme une attaque directe contre ceux qui, selon lui, préfèrent juger la foi personnelle d’un responsable plutôt que son efficacité opérationnelle.

Religion, armée et société : une fracture persistante

Au-delà du cas personnel de David Zini, cette affaire met une nouvelle fois en lumière la fracture profonde entre visions laïques et religieuses au sein de la société israélienne, y compris dans les institutions sécuritaires les plus sensibles.

Aucune règle interne du Shin Bet n’impose le contact physique lors de cérémonies officielles, et le refus de serrer la main, lorsqu’il est annoncé à l’avance et appliqué sans distinction personnelle, n’enfreint pas formellement les protocoles connus. La question soulevée est donc moins juridique qu’idéologique et symbolique.

Pour ses soutiens, David Zini est attaqué non pour ses décisions sécuritaires, mais pour son identité religieuse. Pour ses détracteurs, son comportement serait incompatible avec l’image d’une institution censée incarner l’égalité et l’inclusion.

À ce stade, aucune sanction, enquête ou remise en cause officielle de son mandat n’a été évoquée. La polémique reste cantonnée au champ médiatique et politique, illustrant une fois encore la capacité de débats sociétaux à s’inviter jusque dans les plus hauts cercles de la sécurité nationale.

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