En Israël, la plupart des pertes financières ne sont ni spectaculaires ni visibles. Elles ne prennent pas la forme d’une arnaque évidente ou d’un prélèvement illégal, mais d’une succession de petits montants payés par automatisme, par méconnaissance ou par découragement administratif. Pour de nombreux franco-israéliens, ces pertes représentent chaque année plusieurs milliers de shekels, sans jamais apparaître clairement sur un relevé unique.
Le premier poste de perte concerne l’impôt sur le revenu. Le système fiscal israélien repose largement sur des crédits d’impôt et des ajustements liés à la situation personnelle. Les nouveaux olim bénéficient de points de crédit spécifiques pendant plusieurs années, mais leur application dépend de déclarations correctes et à jour. Une erreur fréquente consiste à supposer que tout est automatique. En pratique, si le statut d’oleh n’est pas correctement pris en compte par l’employeur ou par l’administration, l’impôt prélevé est plus élevé que nécessaire. Le trop-perçu n’est pas toujours remboursé spontanément et nécessite une démarche active auprès de l’Autorité fiscale israélienne.
À cette perte fiscale s’ajoute celle liée aux revenus partiellement ou totalement exonérés qui ne sont jamais déclarés correctement. Par peur de se tromper, certains préfèrent ne rien faire. Or, dans le système israélien, ne pas déclarer n’équivaut pas à être exonéré. Cela peut conduire soit à un paiement excessif par prudence, soit à des régularisations tardives coûteuses. Dans les deux cas, l’argent est perdu.
Le deuxième grand gisement de pertes concerne les frais bancaires. Beaucoup de francophones ouvrent un compte dans la première banque disponible, acceptent les conditions standard, puis n’y touchent plus pendant des années. Or, la Banque d’Israël rappelle régulièrement que la majorité des frais bancaires courants sont comparables et négociables. Tenue de compte, cartes, frais de services, commissions diverses : lorsqu’ils ne sont jamais comparés, ils deviennent une rente silencieuse pour l’établissement bancaire. Sur plusieurs années, ces montants cumulés représentent une somme significative.
Le découvert bancaire constitue une autre source de perte majeure. Beaucoup de ménages l’utilisent comme un outil de gestion “normal”, sans toujours mesurer son coût réel. En Israël, le découvert est juridiquement un crédit, avec un taux d’intérêt qui peut varier selon les conditions du compte. Tant qu’il est utilisé ponctuellement, son impact reste limité. Lorsqu’il devient structurel, il se transforme en charge financière permanente, souvent plus chère qu’un prêt classique mieux encadré. Là encore, l’absence de comparaison et de renégociation maintient le client dans une situation défavorable.
Les paiements échelonnés représentent un troisième angle mort. Ils donnent une impression de confort budgétaire, mais créent parfois un empilement d’engagements mensuels invisibles. Ce mécanisme conduit de nombreux foyers à basculer ensuite dans le découvert, sans avoir conscience du lien entre les deux. La Banque d’Israël met pourtant à disposition des informations destinées à améliorer la transparence du coût du crédit, mais elles restent peu consultées par le public francophone.
Un autre domaine où l’argent se perd sans bruit concerne les assurances. Assurance santé complémentaire, assurance privée, assurance collective via l’employeur : beaucoup de personnes cumulent des couvertures qui se chevauchent partiellement. Le résultat est simple : des cotisations élevées pour des garanties redondantes. Le problème n’est pas d’être trop assuré, mais d’être mal assuré. Sans analyse globale des contrats existants, il est impossible de savoir si l’on paie pour une protection réelle ou pour une simple impression de sécurité.
Les droits à réduction ou à remboursement sont également largement sous-exploités. Dans de nombreux domaines, des réductions existent pour certaines catégories de population : nouveaux immigrants, familles, seniors, personnes à revenus modestes. Ces réductions ne sont pas toujours appliquées automatiquement. Elles doivent être demandées, parfois renouvelées, parfois justifiées chaque année. Des plateformes d’information comme Kol Zchut centralisent ces droits, mais restent étonnamment peu utilisées par ceux qui en auraient le plus besoin.
La consommation courante constitue enfin un terrain de perte sous-estimé. Abonnements inutilisés, services mal résiliés, frais abusifs non contestés : beaucoup de consommateurs renoncent à agir par fatigue ou par manque de maîtrise de l’hébreu. Pourtant, l’État a créé des mécanismes spécifiques de protection, notamment via l’Autorité de protection du consommateur, qui permet de signaler des pratiques problématiques. Même lorsque la somme en jeu paraît modeste, l’effet cumulatif est loin d’être négligeable.
Pourquoi ces pertes persistent-elles ? Parce qu’elles sont fragmentées, étalées dans le temps, et rarement visibles comme un tout. Chaque paiement paraît supportable isolément. C’est leur accumulation qui pèse lourdement sur le budget annuel. La récupération de cet argent ne passe pas par des “astuces”, mais par une démarche structurée : vérifier, comparer, demander, contester lorsque c’est légitime.
Récupérer l’argent que l’on perd chaque année en Israël ne signifie pas entrer en conflit permanent avec l’administration ou les entreprises. Cela signifie comprendre que le système repose sur des droits conditionnels, et que l’inaction a un coût réel. Pour les franco-israéliens, cette prise de conscience constitue souvent l’un des tournants les plus importants vers une stabilité financière durable.






