La nutritionniste Tali Cohen Shemesh rappelle une vérité souvent sous-estimée : ce n’est pas seulement ce que nous mangeons qui influence notre santé, mais aussi la vitesse à laquelle nous mangeons. Le rythme des bouchées, le nombre de mastications et l’attention portée au repas jouent un rôle central dans la sensation de satiété, la régulation de l’appétit et, à long terme, l’équilibre métabolique.
Cela arrive à tout le monde : un repas avalé trop rapidement, quelques bouchées pressées, l’assiette est déjà vide… et quelques minutes plus tard surgit le doute : ai-je mangé trop ? avais-je vraiment faim ? L’alimentation est censée être un dialogue permanent entre la nourriture, le système digestif et le cerveau. Lorsque nous mangeons trop vite, ce dialogue est tout simplement interrompu.
Pourquoi manger vite pousse-t-il à manger davantage ?
La sensation de satiété n’apparaît pas instantanément. L’estomac doit se distendre et l’intestin libérer des hormones qui signalent au cerveau que la nourriture arrive et que le corps peut ralentir. Ce processus prend du temps. En mangeant rapidement, on termine le repas avant même que ces messages internes n’atteignent le cerveau, ce qui favorise une consommation excessive sans véritable conscience.
Des études montrent que lorsque les personnes ralentissent volontairement leur rythme alimentaire, elles consomment naturellement moins au cours du repas et se sentent rassasiées plus longtemps dans la journée. Il ne s’agit pas de discipline ou de volonté, mais d’un mécanisme physiologique qui fonctionne enfin correctement.
Les signaux de satiété mis en échec
L’intestin sécrète des hormones qui agissent comme un frein naturel à l’alimentation. À un rythme normal ou lent, ce frein est efficace. À un rythme rapide, il intervient trop tard. Des recherches comparant un même repas mangé lentement ou rapidement ont démontré que les signaux de satiété envoyés au cerveau sont nettement plus forts lorsque l’on mange lentement, et beaucoup plus faibles lorsque l’on mange vite – ce qui explique pourquoi il est si facile de continuer à manger sans s’en rendre compte.
L’impact sur la glycémie
Après un repas, le taux de sucre dans le sang augmente et le corps libère de l’insuline pour permettre aux cellules d’utiliser cette énergie. Lorsqu’on mange rapidement, surtout des aliments riches en glucides raffinés comme le pain blanc, les pâtisseries ou les produits ultra-transformés, le sucre est absorbé plus brutalement. Certaines études ont observé des pics glycémiques plus élevés et une réponse hormonale plus intense. Pris isolément, cela n’est pas dramatique, mais lorsque cela devient une habitude, le corps finit par en payer le prix.
Un facteur de risque sous-estimé
De grandes études portant sur des milliers de personnes montrent que celles qui mangent vite présentent un risque plus élevé de prise de poids, notamment au niveau abdominal, ainsi que d’autres facteurs de risque comme une glycémie élevée ou une hypertension. L’alimentation rapide n’est pas la seule cause, mais elle fait clairement partie du puzzle.
La mastication joue ici un rôle clé. Moins on mâche, plus l’aliment est avalé rapidement, surtout s’il est mou ou déjà transformé. Mâcher davantage ralentit naturellement le rythme, laisse au cerveau le temps d’analyser ce qui est ingéré et au corps celui de réagir. Des études indiquent qu’une mastication prolongée réduit la sensation de faim et favorise une consommation plus modérée.
Comment changer sans transformer le repas en contrainte ?
Inutile de s’imposer des règles strictes ou de manger lentement « de force ». S’asseoir pour manger quand c’est possible, choisir régulièrement des aliments qui demandent de la mastication, et s’accorder quelques minutes de calme suffisent souvent. Manger plus lentement ne fait pas tout dans une démarche de perte de poids, mais cela aide le corps et l’esprit à fonctionner ensemble.
Manger vite fait gagner du temps. Mais le corps, lui, préfère un autre rythme. Ralentir, même légèrement, permet aux mécanismes naturels de faim et de satiété de faire ce qu’ils savent faire le mieux : nous protéger.






