À l’occasion de Tou Bishvat, la fête des arbres et de l’enracinement, l’Population and Immigration Authority a publié des données originales révélant un phénomène profondément israélien : des milliers de citoyens portent des prénoms directement inspirés des montagnes et du paysage du pays. Ces chiffres offrent bien plus qu’une simple curiosité statistique : ils racontent une histoire culturelle, identitaire et presque idéologique du lien entre les Israéliens et leur terre.

Selon les données officielles, les prénoms les plus répandus associés à des montagnes ou à des reliefs naturels sont Shlomo, Shaked, Carmel, Gilad, Arbel, Kfir et Nitai. L’administration souligne que « des milliers d’Israéliens et d’Israéliennes portent des prénoms profondément connectés au paysage et à la terre d’Israël », une tendance qui traverse les générations, les courants religieux et les clivages sociaux.

Le prénom Shlomo, arrivé en tête du classement, illustre parfaitement la complexité de ces statistiques. Avec 62 710 personnes, dont 62 684 garçons et… 26 filles, il est à la fois un prénom biblique, royal, mais aussi associé au mont Shlomo. Ce détail surprenant – 26 filles portant un prénom historiquement masculin – a particulièrement retenu l’attention, révélant l’évolution des normes de genre dans le choix des prénoms en Israël.

En deuxième position figure Shaked, avec 16 423 personnes, dont 11 218 filles et 5 206 garçons. Ce prénom, signifiant « amandier », est également lié au mont Shaked et symbolise à la fois la nature, le renouveau et une certaine douceur israélienne moderne. Sa popularité féminine reflète l’attrait croissant pour des prénoms courts, hébraïques et connectés à la terre.

Le troisième rang est occupé par Gilad, porté par 8 460 personnes, presque exclusivement des garçons (8 450 garçons contre 10 filles). Le mont Gilboa, lié à des récits bibliques tragiques et héroïques, confère à ce prénom une dimension historique et émotionnelle forte, souvent choisie dans des familles attachées à l’héritage biblique et national.

Viennent ensuite des prénoms qui dessinent une véritable carte topographique de l’identité israélienne. Adir (7 974 personnes), Kfir (7 340), Arbel (7 235), Carmel (7 233) et Nitai (7 230) forment un bloc impressionnant de prénoms directement inspirés de montagnes emblématiques. On observe ici des répartitions genrées intéressantes : Arbel et Carmel sont majoritairement féminins, tandis que Kfir et Nitai restent très masculins. Cela reflète une perception symbolique différente de ces lieux : force et combativité d’un côté, douceur et stabilité de l’autre.

Plus bas dans le classement apparaissent des prénoms moins courants mais tout aussi évocateurs : Meron (1 783), Manor (1 511), Tavor (1 021). Le mont Tavor, par exemple, est à la fois un site biblique et un repère géographique majeur, ce qui explique sa persistance dans le registre des prénoms, malgré une popularité plus modeste.

La liste se poursuit avec des prénoms rares mais chargés de sens : Atzmon, Gilboa, Yatir, Kahal, Sion, Barkan, Hermon et Yaalon. Le mont Hermon, symbole de hauteur, de frontière et de souveraineté stratégique, n’est porté que par 34 personnes, dont 7 filles – un chiffre faible, mais révélateur d’un choix volontairement fort et identitaire.

Ce panorama des prénoms montre que, contrairement à de nombreux pays occidentaux où les tendances sont souvent dictées par la mode ou les célébrités, Israël conserve une relation intime entre le prénom, la géographie et l’histoire. Donner à un enfant le nom d’une montagne, c’est l’ancrer symboliquement dans le pays, dans ses récits fondateurs et dans sa continuité.

À Tou Bishvat, fête du renouveau et de l’enracinement, ces chiffres prennent une dimension presque poétique. Ils rappellent que, même dans une société ultra-technologique et mondialisée, l’identité israélienne reste profondément liée à la terre, aux collines, aux montagnes et aux paysages qui ont façonné son histoire.

Derrière chaque prénom se cache ainsi un acte culturel : celui de relier une nouvelle génération à un sol, à une mémoire et à une continuité. Une carte d’identité géographique, transmise de parents à enfants, au fil des décennies.