Un geste simple, une question posée au bon moment, et une vie sauvée. C’est l’histoire de Shlomo Matsulski, 73 ans, habitant de Petah Tikva, vétéran de Tsahal et homme actif malgré les années, qui doit aujourd’hui sa survie à la vigilance d’une pharmacienne attentive.

Depuis longtemps, Shlomo souffrait d’un grain de beauté volumineux dans le dos. Au fil des années, la lésion avait changé d’aspect : elle s’était étendue, fragmentée, puis divisée en plusieurs zones distinctes. À plusieurs reprises, il avait consulté un médecin, subi des cautérisations locales et reçu des crèmes apaisantes destinées à calmer l’irritation. Le traitement semblait temporairement efficace, mais le problème revenait toujours. Peu à peu, il s’y était habitué.

Ancien combattant de la guerre de Kippour, Shlomo mène pourtant une vie dynamique. Il travaille encore, se sent en forme et aime profiter du quotidien. « Avec le temps, j’ai pris l’habitude de traiter ce point sur la peau. Je pensais qu’il restait stable », raconte-t-il.

« Une ampoule s’est allumée »

Tout a basculé lors d’une visite banale à la pharmacie de la clinique Kfar Ganim du réseau Clalit Health Services, dans le district Dan–Petah Tikva. Shlomo est venu acheter, comme à son habitude, les mêmes crèmes qu’il utilisait depuis des années. Mais cette fois, la pharmacienne responsable, Olga Yantsikovski, a remarqué un détail troublant.

« Quand j’ai compris qu’il utilisait exactement les mêmes crèmes depuis des années, sans amélioration durable, une ampoule s’est allumée », explique-t-elle. Elle lui a posé quelques questions simples : le traitement fonctionnait-il vraiment ? Y avait-il une amélioration ? La réponse fut claire : non.

Pour la pharmacienne, la situation ne pouvait pas durer ainsi. « Un traitement qui n’apporte aucun bénéfice sur le long terme nécessite impérativement une nouvelle évaluation médicale », lui a-t-elle expliqué. Elle l’a alors vivement encouragé à consulter à nouveau un dermatologue, et même à demander un second avis spécialisé.

Un diagnostic sans appel

Shlomo a suivi ce conseil. Il a pris rendez-vous chez un dermatologue spécialiste dans le cadre de Clalit. Dès le premier examen, le médecin a été inquiet. « Dès que j’ai retiré ma chemise, il a regardé la lésion et m’a dit : ‘Ça ne me plaît pas du tout’ », se souvient-il.

Sans perdre de temps, le dermatologue l’a accompagné directement vers un bloc de chirurgie mineure du centre médical Rothschild de Clalit, où des interventions dermatologiques rapides sont pratiquées en ambulatoire. Une biopsie a été réalisée immédiatement.

Le verdict est tombé rapidement : un mélanome, la forme la plus dangereuse de cancer de la peau.

« Pris à temps »

Heureusement, le cancer a été détecté à un stade précoce. « Les médecins m’ont expliqué que la tumeur avait pénétré à peine un millimètre en profondeur », raconte Shlomo. Cette détection rapide a changé radicalement le pronostic.

Il a subi une intervention chirurgicale complémentaire et des examens de contrôle. Aucun traitement lourd – ni radiothérapie ni chimiothérapie – n’a été nécessaire. Aujourd’hui, il est considéré comme indemne de cancer et se rend simplement à des contrôles réguliers tous les trois mois. « On m’a dit que j’étais propre, qu’il n’y avait plus rien. J’ai eu une chance énorme », confie-t-il.

Le rôle clé des pharmaciens

Avec le recul, Shlomo mesure l’importance décisive de ce bref échange au comptoir de la pharmacie. « Si la pharmacienne ne m’avait pas arrêté pour me poser ces questions, j’aurais continué avec les mêmes crèmes. Une remarque simple m’a littéralement sauvé la vie », dit-il avec émotion.

Pour Naama Sharabi, pharmacienne régionale du district Dan–Petah Tikva, ce cas illustre parfaitement le rôle crucial des pharmaciens dans le système de santé. « Le pharmacien voit souvent le patient plus fréquemment que tout autre professionnel de santé », explique-t-elle. « Ce contact régulier permet de détecter des situations anormales, de poser les bonnes questions et de réorienter vers un médecin au moment opportun. »

Selon elle, le « questionnement pharmaceutique » est une composante essentielle du parcours de soins. « Il arrive que cette simple interaction soit le déclencheur d’un diagnostic précoce qui sauve des vies », souligne-t-elle.

Un message de prévention

Au-delà de son histoire personnelle, Shlomo espère que son expérience servira d’avertissement. Les lésions cutanées qui changent d’aspect, ne guérissent pas ou persistent malgré les traitements doivent toujours être réévaluées. « On a tendance à banaliser ce genre de choses, surtout quand ça ne fait pas mal. Moi aussi je l’ai fait. Aujourd’hui, je sais que ça aurait pu me coûter la vie. »

Son témoignage rappelle qu’en matière de cancer de la peau, la vigilance, l’écoute et l’intervention précoce font toute la différence.