L’affaire débute comme une réussite médicale et se termine par un drame. Une action en justice récemment déposée décrit le parcours de « Shoshi » (nom d’emprunt), une femme de 74 ans, autonome et pleinement consciente, hospitalisée dans un grand centre médical pour une intervention programmée visant à réparer un anévrisme de l’aorte abdominale. Selon les éléments exposés, l’opération vasculaire initiale s’est déroulée sans incident et la patiente a été transférée en salle de réveil dans un état jugé satisfaisant, avec une perspective de convalescence.
Vingt-quatre heures plus tard, Shoshi a présenté un léger trouble de la parole, soulevant la suspicion d’un accident ischémique transitoire (AIT). Une batterie d’examens a été réalisée et, d’après l’évaluation de l’équipe de neurologie, la situation était stable. La recommandation était claire : poursuivre un traitement médicamenteux conservateur, sans geste invasif supplémentaire. À ce stade, rien n’indiquait la nécessité d’une nouvelle intervention.
C’est alors, selon la plainte, qu’une succession de décisions controversées s’est enclenchée. Alors même que la patiente s’apprêtait à rentrer chez elle dans un bon état général, une note ajoutée à son dossier par un médecin senior de l’équipe de chirurgie vasculaire faisait état d’un « caillot flottant » (floating thrombus) observé lors d’un examen CTA. Or, affirme la famille, le compte rendu radiologique officiel de cet examen ne mentionnait aucun élément de ce type. Malgré cette discordance, Shoshi a reçu une convocation pour une ré-hospitalisation en vue d’une nouvelle opération destinée à retirer ce caillot supposé.
« En réalité, le matin même de l’intervention, le système médical ne disposait d’aucune preuve objective justifiant un acte invasif », soutient Me Moran Avrahami-Yom Tov, avocate spécialisée en négligence médicale et représentante de la famille. Une imagerie CTA actualisée a été réalisée afin de localiser précisément le prétendu caillot. L’interprétation d’un radiologue senior de l’établissement a été sans ambiguïté : aucune sténose, aucune dissection (déchirure de la paroi interne de l’aorte) et aucune trace de caillot. Le rapport précisait que « l’origine des gros vaisseaux est préservée ».
Malgré ces résultats rassurants, et bien que la patiente soit âgée de 74 ans — un facteur de risque majeur pour toute intervention supplémentaire —, la décision a été prise de l’emmener à nouveau au bloc opératoire. Selon l’avocate, la seconde intervention a été marquée par d’importantes difficultés techniques et plusieurs tentatives de cathétérisme infructueuses. Quelques heures après la fin de l’acte, alors que Shoshi se trouvait en salle de réveil, son état s’est brutalement détérioré. Les médecins ont diagnostiqué une tamponnade cardiaque, une accumulation de sang autour du cœur, reconnue comme une urgence vitale.
La plainte indique que des tentatives de réanimation intensives se sont poursuivies pendant plus de quatre heures. Malgré ces efforts prolongés, le décès de la patiente a été constaté. Pour la famille, le lien entre la seconde intervention et l’issue fatale ne fait aucun doute.
Dans un courrier particulièrement sévère adressé à l’hôpital, Me Avrahami-Yom Tov dénonce une décision prise « à l’encontre de toute logique médicale ». « Ils ont conduit une femme de 74 ans au bloc opératoire alors qu’un examen réalisé le matin même montrait qu’elle était saine. Au lieu de s’arrêter et de réévaluer la situation, notamment compte tenu de ses facteurs de risque, ils ont choisi une voie invasive et dangereuse qui s’est révélée inutile et mortelle », écrit-elle. L’avocate souligne également une atteinte grave au principe du consentement éclairé : la famille n’aurait jamais été informée que l’examen précédant l’intervention était normal.
Une expertise médicale indépendante jointe au dossier renforce ces accusations. « Il n’existe aucune justification médicale au monde pour réaliser un geste invasif lorsque l’imagerie du jour exclut l’existence du problème », affirme l’expert. « Dès lors que l’interprétation du CTA indiquait une origine vasculaire préservée et l’absence de caillot, l’équipe aurait dû annuler l’intervention. La décision de poursuivre un cathétérisme complexe dans ces conditions est fondamentalement négligente ; le décès est la conséquence directe d’un acte chirurgical non seulement risqué, mais totalement superflu. »
Malgré la complexité du dossier et l’âge de la défunte — un paramètre parfois invoqué, selon l’avocate, pour réduire le montant des indemnisations — la solidité des preuves a conduit à une issue rapide. Moins d’un an après les faits, et sans qu’un long procès ne soit nécessaire, un accord amiable a été conclu. L’hôpital a versé une indemnisation de 525 000 shekels aux ayants droit de la patiente.






