Les voyageurs se rendant aux États-Unis pourraient, dès aujourd’hui, être confrontés à un durcissement notable des contrôles à l’entrée du territoire. Une nouvelle directive du Department of Homeland Security (DHS) arrive à la phase de mise en œuvre, à l’issue d’une période officielle de 60 jours consacrée aux commentaires et aux recours. Cette évolution concerne en premier lieu les touristes entrant dans le pays dans le cadre du programme d’exemption de visa, parmi lesquels figurent notamment les citoyens israéliens.

Selon les nouvelles dispositions, les voyageurs bénéficiant du Visa Waiver Program, qui permet à des ressortissants de 42 pays – dont Israël, la majorité des États européens, le Royaume-Uni, l’Australie et le Japon – d’entrer aux États-Unis sans visa, pourraient être tenus de fournir un volume nettement plus important d’informations personnelles et numériques dans le cadre de leur demande d’autorisation électronique de voyage, connue sous le nom d’ESTA.

Parmi les informations susceptibles d’être exigées figurent les comptes de réseaux sociaux utilisés au cours des cinq dernières années, les numéros de téléphone associés à cette période ainsi que les adresses électroniques utilisées au cours des dix dernières années. Les autorités américaines pourraient également demander des données détaillées concernant les membres de la famille des voyageurs, notamment leurs noms, dates de naissance, adresses et numéros de téléphone. La possibilité d’un recueil de données biométriques supplémentaires, comme des échantillons d’ADN, a également été évoquée dans les discussions, bien qu’aucune obligation formelle n’ait été instaurée à ce stade.

Jusqu’à présent, la transmission d’informations relatives aux profils sur les réseaux sociaux dans le cadre des demandes ESTA était officiellement facultative et appliquée de manière inégale. Dans le cadre du nouveau dispositif, cette divulgation devrait devenir une exigence standard, intégrée au processus normal d’autorisation d’entrée.

La politique a été présentée par la US Customs and Border Protection (CBP), l’agence chargée du contrôle aux frontières et relevant du DHS. Elle a été publiée en décembre 2025 dans le registre fédéral américain, lançant ainsi le processus réglementaire sans véritable campagne d’information publique. Bien que certaines étapes internes d’approbation et des directives d’application détaillées soient encore attendues, la date actuelle marque la fin officielle de la période de consultation.

Des défenseurs de la vie privée estiment que l’absence de communication claire et visible laisse de nombreux voyageurs dans l’ignorance de ces changements, parfois à quelques jours seulement de leur départ. Selon des acteurs du secteur touristique européen, aucune signalisation spécifique n’a été mise en place dans les aéroports et aucune campagne d’information de grande ampleur n’a accompagné la mesure. Beaucoup de passagers pourraient ainsi découvrir ces exigences uniquement au moment de remplir leur demande ESTA ou lors de leur arrivée au contrôle frontalier.

Officiellement, la nouvelle politique n’impose pas la communication des mots de passe des comptes en ligne. En revanche, les voyageurs pourraient être contraints de fournir des identifiants, des pseudonymes et la liste des plateformes utilisées, permettant aux autorités américaines de consulter les contenus accessibles au public. Des critiques soulignent que l’examen d’une activité numérique couvrant plusieurs années augmente le risque de malentendus ou de mauvaises interprétations, en particulier lorsque des propos humoristiques, ironiques ou des opinions politiques sont analysés dans un contexte aussi sensible qu’un contrôle d’entrée sur le territoire.

L’administration américaine, dirigée par le président Donald Trump, justifie ce renforcement par la nécessité de protéger les États-Unis contre des menaces terroristes, criminelles ou étrangères. Elle rappelle que des exigences plus strictes ont déjà été appliquées ces dernières années à certaines catégories de voyageurs, notamment les étudiants et les travailleurs étrangers.

En Europe, plusieurs autorités de protection des données ont exprimé leurs préoccupations. Une représentante de l’autorité fédérale allemande de protection des données a indiqué que l’organisme suivait « avec inquiétude » l’évolution du programme ESTA. L’Allemagne recommande désormais à ses citoyens d’évaluer soigneusement s’ils sont prêts à fournir un tel volume d’informations personnelles comme condition d’entrée aux États-Unis. Des organisations de défense des droits civiques estiment que cette politique marque un tournant, dans lequel la surveillance numérique devient un prérequis ordinaire du voyage international, et non plus une mesure exceptionnelle.

Il n’existe pas de sanction financière directe en cas de refus de transmettre les informations demandées. Toutefois, un tel refus pourrait entraîner des retards, des contrôles secondaires approfondis, le rejet de la demande ESTA ou, dans certains cas, un refus d’entrée à la frontière. Des acteurs du secteur touristique craignent que ces mesures dissuadent certains visiteurs, à l’approche de grands événements internationaux prévus aux États-Unis. Certains voyageurs ont déjà commencé à limiter leur présence en ligne, à rendre privés leurs comptes sur les réseaux sociaux ou à reconsidérer leur projet de voyage.

Même si les modalités exactes d’application restent encore partiellement floues, des experts soulignent que, une fois les changements définitivement validés, ils pourront être intégrés très rapidement aux systèmes numériques d’autorisation d’entrée. Les voyageurs disposeront alors de peu de temps pour s’adapter à ces nouvelles exigences, qui pourraient transformer durablement l’expérience d’entrée sur le sol américain.