En Israël, la guerre contre l’Iran ne se mène pas seulement dans les airs. Elle se joue aussi dans le champ culturel, sur les réseaux sociaux, et désormais dans les couloirs de la radiotélévision publique. Ce mardi, la demande a été officiellement formulée de geler l’emploi de l’acteur et chanteur arabo-israélien Alaa Dakka au sein de la Kan — la Corporation israélienne de radiodiffusion — après qu’il a publié un post sur Facebook critiquant vivement la joie exprimée par une partie du public israélien face aux destructions infligées à Téhéran.

Alaa Dakka, connu pour ses rôles dans les séries « Fauda », « Bladi Mori » et les films d’Avi Nesher, a publié un post dans lequel il interrogeait : « jusqu’où peut-on se réjouir de la destruction de Téhéran ? Quel vide y a-t-il en ce lieu qui se comble si vite par la destruction en des endroits lointains du monde ? » Il a ajouté : « qu’est-ce que c’est que cette maladie ? Personne nulle part ne remet rien en question, ne dit quoi que ce soit, tout le monde se colle au Guide suprême. » Une formulation ambiguë — et explosive dans le contexte actuel — qui a immédiatement déclenché une avalanche de réactions.

Le comédien Matan Peretz a répondu en story : « Donne-moi une minute et je t’expliquerai que personne ne se réjouit de la destruction de Téhéran. Personne. Ce qui nous importe, c’est la destruction du régime islamiste extrémiste qui a détruit la vie des habitants de l’Iran. Si tu avais deux neurones à frotter ensemble, tu le saurais. » L’acteur arabo-israélien Rouad Azer, lui aussi connu pour ses rôles dans des productions israéliennes, s’est également exprimé publiquement contre Dakka, lui reprochant de ne pas comprendre la différence entre un peuple et son régime. La comédienne Yuval Levi, connue pour son rôle dans la série « Hazarot », a de son côté apporté un soutien partiel aux propos de Dakka, ce qui a ajouté une couche supplémentaire à un débat déjà très agité.

Face à la polémique, Dakka a tenu à préciser qu’il n’avait pas supprimé son post, contrairement aux rumeurs qui circulaient. Sa résistance à la pression a alimenté la controverse plutôt que de l’éteindre, et c’est dans ce contexte que la demande de gel de son contrat avec la Corporation de radiodiffusion a été formulée ce mardi. La question posée est désormais institutionnelle : un service public financé par les contribuables peut-il employer un artiste qui, en temps de guerre, exprime publiquement une telle ambivalence vis-à-vis des opérations militaires de son pays ?

Cette affaire illustre une tension profonde que la guerre contre l’Iran a portée à un niveau de visibilité inédit : celle entre la liberté d’expression des citoyens arabes d’Israël — qui représentent environ 20% de la population — et l’état émotionnel d’une société en guerre qui supporte mal les voix dissonantes. Dakka n’a pas soutenu le régime iranien, ni justifié ses crimes. Il a interrogé l’enthousiasme face à la destruction. Mais dans un pays où des dizaines de milliers de réservistes sont mobilisés et où des sirènes retentissent encore dans certaines régions, le simple fait de poser cette question depuis une plateforme publique est perçu par beaucoup comme une forme de trahison. Le débat qui s’ensuit est révélateur d’une société qui, même en temps de guerre totale, n’a pas encore tranché où finit la critique légitime et où commence l’indécence.

Source : Maariv