Vivre en Israël implique d’intégrer une réalité que peu d’autres pays partagent : le risque de dommages liés à la guerre fait partie du paysage assurantiel ordinaire, et l’État a bâti autour de ce risque un système entièrement distinct du droit commun de l’assurance.

Le principe est simple, presque déroutant pour qui débarque d’un pays européen. En Israël, l’indemnisation des dommages matériels causés par un acte de guerre ne dépend pas d’une police d’assurance habitation préalable. L’État se substitue entièrement à l’assureur et prend en charge, sur ses propres fonds, la remise en état, le remplacement ou la reconstruction du bien touché. Ce mécanisme ne fait aucune distinction entre citoyens israéliens et ressortissants étrangers : toute personne propriétaire, locataire ou usagère légitime d’un bien endommagé par un acte hostile peut prétendre à une indemnisation, qu’elle réside en Israël ou non.

Ce système a été concrètement mobilisé en mars 2026, lorsque le gouvernement a débloqué une aide financière immédiate pour les habitants dont les logements avaient été endommagés pendant la guerre avec l’Iran. La mesure, annoncée conjointement par le bureau du Premier ministre, le ministère des Finances et le ministère de l’Intérieur, s’ajoutait au dispositif déjà existant, notamment le Fonds de compensation de l’Autorité fiscale, chargé de traiter les demandes liées aux dommages de guerre, ainsi qu’un financement direct des municipalités concernées.

Une nuance mérite toutefois d’être connue avant de s’installer : une couverture optionnelle élargie existe pour les biens domestiques de valeur, mais elle doit être renouvelée chaque année. Toute assurance souscrite en 2025 n’était par exemple plus valable depuis le 1er janvier 2026, et la demande doit être redéposée via le site du gouvernement. Cette couverture élargie exclut systématiquement les objets d’art, les bijoux, les antiquités, les espèces et les chèques, des catégories qui restent donc à la charge exclusive du propriétaire quoi qu’il arrive. Sur le plan des entreprises, un plan d’indemnisation distinct existe également, avec des barèmes de remboursement qui varient selon le chiffre d’affaires et le taux de perte constaté, allant d’une aide forfaitaire pour les plus petites structures à des subventions plafonnées à 600 000 shekels pour les entreprises de taille intermédiaire.

Pour un Français, ce système contraste fortement avec celui laissé derrière soi. En France, la garantie attentat est obligatoire dans toute assurance multirisque habitation comportant une garantie dommages aux biens depuis la loi du 9 septembre 1986, mais la guerre elle-même n’est jamais couverte par l’assurance privée, et les émeutes sont exclues par défaut sauf réintégration spécifique. Trois régimes bien distincts coexistent donc côté français, quand Israël a fait le choix d’un mécanisme unique et centralisé, financé par l’État plutôt que par les assureurs privés.

Le deuxième pilier assurantiel essentiel pour un nouvel immigrant concerne la santé, un sujet souvent sous-estimé avant l’alyah. En Israël, la santé est un droit universel, mais le choix de la caisse maladie, la Koupat Holim, change concrètement le quotidien. Quatre caisses se partagent le marché, Clalit, Maccabi, Meuhedet et Leumit, et la loi les oblige toutes à proposer exactement le même panier de soins de base, incluant analyses, consultations de spécialistes et médicaments essentiels. La différence entre elles se joue ailleurs : le nombre de cliniques disponibles et les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous, qui varient sensiblement d’une ville à l’autre.

C’est là qu’intervient le deuxième niveau, le Mashlim, une complémentaire proposée par chaque caisse sous forme de forfaits Bronze, Argent ou Or, non obligatoire mais fortement recommandée pour un olé. Ce complément couvre des postes que le panier de base laisse de côté ou ne rembourse que partiellement : soins dentaires adultes, y compris prothèses et implants, contribution pour lunettes ou lentilles, médecines alternatives comme l’ostéopathie ou l’acupuncture selon les caisses, et surtout l’hospitalisation privée avec chambre individuelle et choix du chirurgien. Le coût moyen tourne entre 50 et 150 shekels par mois selon le forfait et la caisse choisie, une dépense modeste au regard de la tranquillité d’esprit qu’elle procure, en particulier pour une famille avec enfants ou des parents plus âgés.

Entre un État qui prend en charge sans condition les dommages de guerre et une complémentaire santé à quelques dizaines de shekels par mois, l’écosystème assurantiel israélien reste, sur le papier, étonnamment protecteur pour ceux qui savent où chercher l’information. Le vrai piège n’est donc pas l’absence de couverture, mais la méconnaissance des démarches à effectuer, souvent négligées jusqu’au jour où elles deviennent indispensables.

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