Le secteur technologique israélien retrouve des couleurs, et les chiffres publiés depuis le début de l’année 2026 le confirment sans ambiguïté. En quelques semaines à peine, plusieurs entreprises fondées à Tel Aviv ou dans sa région ont franchi la barre symbolique du milliard de dollars de valorisation, rejoignant le club très fermé des licornes technologiques mondiales.

Torq, une startup israélienne spécialisée dans l’automatisation des centres d’opérations de sécurité par intelligence artificielle, illustre parfaitement cette dynamique. Le 11 janvier 2026, l’entreprise a annoncé avoir bouclé un tour de table de série D de 140 millions de dollars, porté par Merlin Ventures avec la participation d’Insight Partners, Bessemer Venture Partners et Evolution Equity Partners, propulsant sa valorisation à 1,2 milliard de dollars. Fondée en 2020 par Ofer Smadari, Leonid Belkind et Eldad Livni, Torq a opéré un virage stratégique décisif après l’émergence de ChatGPT fin 2022, en lançant dès l’été 2023 ses premiers agents d’intelligence artificielle dédiés à la sécurité opérationnelle. Résultat : une croissance de revenus d’environ 300 % en 2025, plus de 350 employés, et des clients qui s’appellent Marriott, PepsiCo, Procter & Gamble, Siemens, Uber ou encore Virgin Atlantic. L’entreprise prévoit d’embaucher 200 personnes supplémentaires pour accélérer son expansion, notamment vers le secteur public américain.

Upwind, autre pépite israélienne, a suivi une trajectoire tout aussi impressionnante. La société, spécialisée dans la protection en temps réel des environnements cloud à l’aide de télémétrie et d’intelligence artificielle, a levé 250 millions de dollars en série B, atteignant une valorisation d’environ 1,5 milliard de dollars et rejoignant elle aussi le statut de licorne, moins de trois ans après sa création. Son financement total cumulé atteint désormais près de 430 millions de dollars, un rythme de croissance qui traduit l’appétit persistant des investisseurs pour les solutions de sécurité pensées pour des infrastructures cloud de plus en plus dynamiques, où les charges de travail liées à l’intelligence artificielle se multiplient.

Sur un segment différent, celui de la lutte contre la fraude numérique, Memcyco a levé 37 millions de dollars en série A fin janvier 2026, portant son financement total à 47 millions de dollars. L’entreprise, fondée en 2021 par une équipe emmenée par Israel Mazin, déjà à l’origine d’une précédente société revendue plus de 500 millions de dollars en 1999, développe une technologie sans agent capable de détecter et de neutraliser les attaques de type usurpation d’identité numérique et prise de contrôle de compte avant même que la fraude ne se concrétise. Un positionnement stratégique dans un contexte où ce type d’attaques a bondi de 250 % entre 2024 et 2025, avec des pertes projetées à 343 milliards de dollars d’ici 2027 au niveau mondial.

Ces trois exemples ne sont pas des cas isolés, mais le symptôme d’un secteur structurellement solide. Selon les données compilées par la plateforme Seedtable, Israël compte aujourd’hui 121 startups de cybersécurité ayant levé des fonds, et les 60 entreprises les mieux classées ont cumulé à elles seules plus de 6 milliards de dollars de financement. Cette profondeur explique pourquoi, même dans des périodes où le financement mondial de la tech se resserre, les entreprises israéliennes de cybersécurité continuent d’émerger et de franchir le cap du milliard de dollars de valorisation, année après année.

Cette dynamique s’accompagne aussi de mouvements plus larges dans l’écosystème technologique israélien, avec des investissements stratégiques de la part d’acteurs financiers et technologiques mondiaux de premier plan, ainsi qu’un intérêt confirmé du secteur de la défense, où des entreprises comme Elbit Systems ont enregistré des commandes record en ce début d’année. Une innovation qui déborde d’ailleurs largement le seul champ de la cybersécurité pure, avec des startups qui appliquent désormais l’intelligence artificielle à des secteurs aussi variés que l’immobilier, la construction ou la tech juridique, pour automatiser des tâches manuelles jusque-là considérées comme incompressibles.

Le fil conducteur de toutes ces réussites reste le même : une capacité, propre à l’écosystème israélien, à transformer des défis opérationnels concrets, qu’il s’agisse de la saturation des équipes de sécurité informatique ou de l’explosion de la fraude numérique, en produits commercialement viables et rapidement adoptés par les plus grandes entreprises mondiales. Un savoir-faire qui continue, en 2026, à faire d’Israël l’un des pôles les plus regardés de l’industrie technologique mondiale.

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