Sukkot, la fête des Cabanes, revêt chaque automne une dimension particulière en Israël et dans les communautés juives du monde entier. Au-delà de la commémoration de l’Exode et de la protection divine dans le désert, cette fête cristallise un concept profond : le hadar, la beauté, la splendeur et le raffinement.
Le hadar occupe une place centrale dans Sukkot, notamment après les jours redoutables du repentir et de la purification que sont Rosh Hashana et Yom Kippour. Une fois cette période intense de contrite sincérité traversée, le Juif arrive à Sukkot en étant appelé à exprimer la complétude qu’il a cherché à atteindre. C’est une transition poignante : du regret à la célébration, de l’introspection à l’expression.
La Torah elle-même place le hadar au cœur du mitzvah central de Sukkot : la mitzvah des Quatre Espèces. Le texte prescrit : « Et vous prendrez pour vous, le premier jour, le fruit de l’arbre hadar » (Lévitique 23:40). Le hadar n’est pas simplement une décoration ajoutée au commandement ; il en fait partie intégrante. Cette distinction est fondamentale pour comprendre la spiritualité de Sukkot.
En judaïsme, nous connaissons bien le concept du hiddur mitzvah – embellir l’accomplissement d’un commandement. Cela signifie honorer les ordonnances divines d’une manière esthétiquement agréable et exemplaire, démontrant ainsi son amour pour le commandement. Le verset « Celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai » (Exode 15:2) capture cette idée. Les sages l’ont interprété comme un appel à nous « orner devant Lui avec des mitzvot ». Cependant, les Quatre Espèces introduisent une dimension encore plus profonde : la beauté n’est pas un simple supplément au commandement ; elle est constitutive de ce commandement. Un étrog qui ne satisfait pas aux exigences du hadar n’est pas simplement un étrog moins beau. Il lui manque une condition nécessaire pour accomplir correctement la mitzvah.
Chaque année, les marchés des Quatre Espèces d’Israël et de la diaspora offrent un spectacle remarquable de cette quête. Les fidèles ne se contentent pas de trouver un étrog simplement kasher. Ils passent un temps considérable à examiner, tourner, inspecter et comparer les fruits, cherchant la perfection. On voit des familles entières débattre des vertus de tel ou tel spécimen, armées d’une intensité que seul le sacré peut inspirer.
Les sages comparent l’étrog à une personne juste, possédant à la fois le goût et le parfum. L’étrog symbolise l’être humain complet. De la même manière qu’une personne juste est censée aspirer à la complétude dans chaque aspect de sa personnalité et de sa conduite, l’étrog qu’elle tient à la main est destiné à exprimer cette intégrité.
Or, l’une des grandes pensées du judaïsme offre une perspective différente et plus profonde. Selon cette interprétation, Sukkot, qui survient après les jours du repentir et du pardon, révèle le vrai sens du hadar. Le hadar n’est pas nécessairement quelque chose d’uniforme. Au contraire, la beauté est souvent créée précisément par une richesse de nuances et de couleurs différentes. Une seule couleur en elle-même ne crée pas la beauté la plus complète, tandis que la combinaison appropriée de différentes nuances crée une image plus riche et plus impressionnante.
Il en va de même pour l’être humain : la perfection humaine n’est pas mesurée par une vie exempte de lutte, mais par la capacité d’une personne à prendre toutes les différentes facettes de sa personnalité et à en construire une réalité meilleure et plus rectifiée. C’est pourquoi la beauté de l’être intérieur d’une personne s’en trouve enrichie lorsqu’elle est façonnée par différentes nuances et dimensions.
Cette perspective transforme profondément notre compréhension de Sukkot. Ce n’est pas un appel à l’uniformité ou à une perfection stérile. C’est un appel à reconnaître que nos blessures, nos luttes, nos défauts même peuvent contribuer à notre beauté globale lorsqu’ils sont intégrés avec sagesse et intention. Comme le dit une maxime des sages : « Au lieu où les repentants se tiennent, les entièrement justes ne peuvent même pas se tenir. »
Sukkot 2026 nous invitera donc à méditer sur ce paradoxe magnifique : notre beauté réside non pas dans l’absence de complexité, mais dans notre capacité à transformer notre complexité en harmonie. C’est cela, le hadar véritable. C’est cela, l’expression de notre humanité complète.
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