La séparation d’Hadassa Ben Ari et du chanteur et auteur-compositeur Hanan Ben Ari a suscité beaucoup de curiosité et, parfois, des projections simplistes. La question qui revient le plus souvent, presque mécaniquement, est toujours la même : comment fait-elle, désormais, pour gérer seule sept enfants ? Dans un long texte personnel publié sur les réseaux sociaux, la journaliste et écrivaine a choisi de répondre — mais pas de la manière attendue. Car, selon elle, la véritable difficulté ne se situe pas là où le regard extérieur l’imagine.

Hadassa Ben Ari explique d’emblée que cette interrogation la fait sourire. Élever ses enfants n’a jamais été un problème nouveau ou insurmontable. « J’ai toujours vécu avec eux, c’était mon choix, mon rêve », écrit-elle. Être mère à plein temps, organiser la maison, maintenir le quotidien, prévoir les repas, les projets familiaux, les sorties, les moments de partage : tout cela faisait déjà partie intégrante de sa vie bien avant la séparation. Aux yeux d’Hadassa, ce rôle n’a pas été créé par le divorce, et il n’a pas disparu avec lui.

La peur de l’absence… puis la découverte de soi

Ce qui l’a réellement effrayée, en revanche, c’est l’idée du vide. Le moment où, pour la première fois, les enfants ne seraient pas là. « J’étais persuadée que je n’y survivrais pas », confie-t-elle avec une sincérité désarmante. La maison silencieuse, les heures sans voix d’enfants, sans sollicitations permanentes, lui semblaient insupportables. Elle raconte cette angoisse presque physique : celle de ne plus savoir qui elle est lorsqu’elle n’est pas constamment définie par son rôle de mère.

Et pourtant, contre toute attente, elle n’est pas morte. « J’ai découvert que je vivais. Même très intensément », écrit-elle. Ce temps libéré, qui lui faisait si peur, est devenu un espace nouveau. Un espace fragile, parfois inconfortable, mais aussi porteur de possibilités. C’est là que commence, selon elle, le véritable bouleversement.

Le vrai défi : se retrouver face à soi-même

Hadassa Ben Ari insiste sur un point essentiel : la question n’est pas comment je gère mes enfants, mais comment je me gère moi. La séparation a réveillé en elle un désir ancien, presque enfoui sous les couches de responsabilités quotidiennes : un besoin de création, d’expression personnelle, d’écriture. Un « appétit », dit-elle, à la fois ancien et neuf.

Créer, cependant, n’est pas un chemin tranquille. Lorsqu’on est mère de sept enfants, chaque désir personnel se heurte à d’autres besoins, tout aussi légitimes. « Quand tu es créatrice, et que les enfants à côté de toi refusent de faire taire leur propre faim, le chemin devient sinueux », écrit-elle. Ce chemin, elle le décrit comme fascinant, beau, doté d’un son particulier — mais aussi parfois assourdissant. Le volume est trop fort, l’épuisement guette, et l’on se brûle souvent en route.

La création comme nécessité vitale

Malgré cette fatigue, Hadassa Ben Ari affirme qu’il n’existe pas d’autre manière de vivre pleinement. Créer n’est pas pour elle un luxe, ni un hobby tardif : c’est une nécessité vitale. Elle parle d’un feu intérieur qu’elle ne peut plus ignorer. Un feu qui exige du temps, de l’énergie, de l’attention — autant de ressources déjà sollicitées par la maternité.

Ce conflit intérieur, elle ne cherche pas à le résoudre de manière spectaculaire. Il n’y a pas de recette miracle, pas de slogan inspirant. Il y a simplement un apprentissage quotidien : accepter que tout ne soit pas parfaitement équilibré, que certaines journées soient trop lourdes, que d’autres soient lumineuses. Accepter aussi que la fatigue fasse partie du processus, tout comme la joie.

Une parentalité partagée, loin des clichés

Hadassa Ben Ari tient également à déconstruire un cliché tenace : celui de la mère abandonnée, livrée à elle-même. Elle rappelle clairement que ses enfants ont deux parents. La séparation n’a pas effacé la présence de leur père, ni son rôle. Les « casseroles restent chaudes », écrit-elle avec humour, les projets familiaux continuent, et la vie suit son cours.

Ce rappel est important, car il refuse le récit dramatique que certains voudraient lui imposer. Il ne s’agit pas d’une histoire de survie héroïque ou de sacrifice absolu, mais d’un réajustement complexe, humain, parfois douloureux, souvent enrichissant.

Une invitation à écrire et à se dire

À la fin de son texte, Hadassa Ben Ari fait un geste significatif : elle invite ses lecteurs à participer à un atelier d’écriture qu’elle organise chez elle. Ce détail n’est pas anodin. L’écriture devient ici un espace de partage, un moyen de transformer l’expérience personnelle en quelque chose de collectif. Écrire, pour elle, n’est pas seulement raconter sa propre histoire, mais offrir un lieu où d’autres peuvent déposer la leur.

Dans une société qui exige souvent des réponses rapides et des récits bien ordonnés, Hadassa Ben Ari propose autre chose : une parole honnête, inachevée, parfois contradictoire, mais profondément vraie. Elle ne prétend pas avoir trouvé l’équilibre parfait. Elle affirme simplement qu’elle avance, qu’elle cherche, et que cette recherche vaut la peine d’être vécue.

Au-delà de la séparation médiatisée et des titres accrocheurs, son témoignage éclaire une réalité plus universelle : celle des femmes qui, après un bouleversement majeur, doivent réapprendre à se définir autrement que par leurs rôles habituels. Et qui découvrent, parfois avec surprise, qu’au cœur de cette transformation se cache une force insoupçonnée.