« Arrêtez de payer quatre fois plus » : les conseils de l’Israélien qui sillonne la Thaïlande résonnent auprès de milliers de voyageurs israéliens chaque année. Alors que la Thaïlande reste l’une des destinations préférées après l’armée ou pour les vacances d’hiver, beaucoup découvrent sur place que le “paradis bon marché” peut rapidement devenir une escapade coûteuse et décevante.
À 23 ans, Kfir Keisar connaît le pays du nord au sud. Il y a posé le pied pour la première fois à l’âge de 10 ans, mais c’est après son service militaire que la relation est devenue passionnelle. À 21 ans, il part seul pour un long voyage, sans réelle connaissance de l’Asie. Aujourd’hui, il s’est fixé un objectif clair : devenir vlogueur de voyage et explorer les destinations lointaines à sa manière, entre humour, autodérision et respect des cultures locales.
Son message est simple mais percutant : la Thaïlande peut être extrêmement abordable… à condition de ne pas tomber dans les pièges classiques du tourisme. Selon lui, le problème ne vient pas des prix du pays, mais des habitudes importées par les visiteurs.
Beaucoup d’Israéliens se déplacent exclusivement dans les zones ultra-touristiques, mangent dans des restaurants occidentaux ou dans des établissements proposant uniquement des menus en anglais, réservent leurs excursions via des agences d’hôtels et organisent tout depuis la réception. Résultat : ils paient parfois deux, trois, voire quatre fois le prix réel pour exactement la même expérience.
Pour Kfir, l’erreur est stratégique. Les endroits les plus simples sont souvent les meilleurs. Les stands de rue fréquentés par les habitants, les petits restaurants de quartier, les marchés nocturnes et les transports publics permettent non seulement d’économiser, mais aussi de vivre une immersion authentique. Une assiette locale peut coûter l’équivalent de quelques euros, boisson comprise, quand un restaurant “international” multiplie la note sans réelle valeur ajoutée.
Il insiste aussi sur la mobilité. Dans les grandes villes comme Bangkok, les applications locales de transport permettent d’éviter les tarifs gonflés des taxis pris au hasard dans la rue. Les motos-taxis, casque obligatoire, permettent d’éviter les embouteillages interminables. Pour les ferries et les longs trajets entre îles et provinces, les plateformes régionales de réservation sont bien plus économiques que les intermédiaires hôteliers.
Mais l’argent n’est que la première dimension. Le second levier, qu’il considère comme fondamental, est culturel. La Thaïlande n’est pas une plage européenne avec palmiers. C’est une société hiérarchisée, codifiée, fondée sur le respect et la retenue. Un sourire sincère, un ton de voix posé, un léger hochement de tête peuvent transformer l’attitude d’un interlocuteur.
Les Thaïlandais détectent immédiatement l’arrogance. Ceux qui arrivent avec l’attitude “je suis touriste, tout m’est dû” vivent une expérience superficielle. À l’inverse, ceux qui montrent de la curiosité et de l’humilité se voient parfois ouvrir des portes insoupçonnées. Invitations à partager un repas familial, recommandations de lieux absents des guides en ligne, conseils de quartiers préservés du tourisme de masse.
Kfir raconte comment, dans le nord du pays, à Pai, une vendeuse de marché nocturne a fini par l’adopter symboliquement. Au fil des conversations en langue locale, elle l’a accueilli chez elle, lui a préparé des plats traditionnels et l’a traité comme un membre de la famille lors de ses retours annuels. Ce type d’expérience ne s’achète pas. Il se mérite par l’ouverture.
Le troisième pilier est la planification intelligente. Trop de voyageurs oscillent entre improvisation totale et planning étouffant. Arriver sans aucune idée des distances et des saisons peut faire perdre des journées entières dans des trajets inutiles. À l’inverse, vouloir cocher dix attractions par jour conduit à l’épuisement.
La Thaïlande exige une compréhension préalable des régions. Le nord offre des montagnes, des forêts et une culture plus traditionnelle. Les îles du golfe séduisent par leurs plages, mais chacune a son identité. Koh Samui, par exemple, convient davantage aux familles recherchant confort, infrastructures occidentalisées et activités encadrées. À l’opposé, Koh Phangan attire une clientèle plus jeune, davantage orientée vers la fête et la liberté.
Choisir une destination en fonction de son profil, et non de sa viralité sur TikTok ou Instagram, évite bien des frustrations. Tous les lieux “tendance” ne correspondent pas à tous les voyageurs.
Il partage aussi une mésaventure révélatrice. Lors d’un périple en moto dans le nord montagneux, il s’est retrouvé bloqué en pleine forêt, sans réseau, sans eau ni nourriture, simplement parce qu’il avait négligé son niveau de carburant. Après plusieurs heures d’angoisse, un habitant local a parcouru des dizaines de kilomètres pour lui apporter de l’essence. Une leçon de responsabilité et un rappel que l’aventure exige préparation et prudence.
Au-delà des conseils pratiques, le phénomène illustre un enjeu plus large. La Thaïlande demeure l’un des pôles majeurs du tourisme israélien en Asie du Sud-Est. Entre pression inflationniste dans les zones hyper-fréquentées et transformation des centres historiques en vitrines standardisées, les comportements des voyageurs influencent directement l’économie locale.
Éviter les circuits sur-commercialisés, privilégier les commerces indépendants et comprendre les dynamiques culturelles permettent non seulement d’optimiser son budget, mais aussi de soutenir des économies locales souvent fragiles.
Dans un contexte international où le tourisme de masse transforme profondément certaines destinations, la question dépasse la simple économie personnelle. Elle touche à l’authenticité des expériences et à la durabilité des territoires.
La Thaïlande reste, selon Kfir Keisar, l’un des rares pays capables d’offrir à la fois confort moderne et immersion profonde. À condition d’y entrer avec respect, curiosité et discernement. Ceux qui appliquent ces principes mangent mieux, dépensent moins et reviennent transformés.









