Une révélation de l’association Animals met en lumière une pratique légale mais extrêmement controversée en Israël : l’alimentation de veaux et de bovins avec des déjections issues de l’élevage industriel de volailles, et ce avec l’aval officiel du Ministère de l’Agriculture d’Israël.
Selon des documents officiels, environ 43 000 tonnes par an de ce que l’administration appelle « fumier de volaille » sont autorisées comme composant de l’alimentation du bétail.

Pour le grand public, cette réalité est largement inconnue. Pourtant, dans la majorité des pays développés, cette pratique a été abandonnée ou interdite depuis des années en raison de préoccupations sanitaires majeures, tant pour les animaux que pour les consommateurs.

Qu’est-ce que le « fumier de volaille » ?

Derrière un terme administratif se cache une réalité beaucoup plus brute : il s’agit principalement d’excréments de poulets provenant de poulaillers industriels. Ce mélange peut contenir des fientes, des plumes, des restes d’aliments, de la litière, et parfois même des fragments d’animaux morts.
Avant d’être intégré à l’alimentation des bovins, ce matériau subit une fermentation ou un traitement thermique partiel, puis est utilisé surtout dans la filière viande, mais aussi pour de jeunes vaches de l’industrie laitière.

La motivation n’est ni nutritionnelle ni vétérinaire : elle est économique. Ces déchets constituent une source de protéines à très bas coût. C’est précisément ce choix qui alimente aujourd’hui une vive inquiétude dans les milieux de la santé publique.

Des risques documentés pour les animaux… et pour l’homme

La littérature vétérinaire et scientifique décrit une série de risques potentiels associés à cette pratique :

  • Infections bactériennes : les déjections de volailles peuvent contenir des agents pathogènes tels que la salmonelle, E. coli, le campylobacter ou la listeria, bien connus pour provoquer des intoxications alimentaires chez l’homme.
  • Botulisme : la bactérie Clostridium botulinum, parfois présente dans ces déchets, produit une toxine neurologique extrêmement dangereuse, qui n’est pas toujours neutralisée par les traitements existants.
  • Résidus de médicaments : dans l’élevage industriel, les volailles reçoivent fréquemment antibiotiques et antiparasitaires. Une partie importante de ces substances est excrétée dans les fientes, puis absorbée indirectement par le bétail.
  • Métaux lourds : des concentrations élevées de cuivre, d’aluminium et parfois de cadmium ont été identifiées dans ces déchets, avec un risque d’accumulation dans les tissus animaux.
  • Corps étrangers : clous, fragments de plastique ou de métal provenant des poulaillers peuvent être ingérés accidentellement et provoquer des lésions internes.

Quelles conséquences pour le consommateur ?

Le ministère de l’Agriculture affirme que l’utilisation de ces déchets est encadrée par des directives : contrôles périodiques, restrictions avant l’abattage et seuils réglementaires. Toutefois, le rapport du contrôleur de l’État et plusieurs documents internes soulignent des failles importantes dans la surveillance et l’application des règles.

Le danger n’est pas forcément immédiat, mais cumulatif : résidus de médicaments et de métaux dans la viande, contribution à l’essor de bactéries résistantes, et impacts environnementaux sur l’air et l’eau autour des élevages.

L’antibiorésistance : une menace mondiale

L’Organisation mondiale de la santé alerte depuis des années sur la montée de l’antibiorésistance. Selon ses estimations, environ 700 000 personnes meurent chaque année dans le monde d’infections devenues difficiles à traiter.
L’utilisation indirecte d’antibiotiques via l’alimentation animale est identifiée comme un facteur aggravant majeur.

Par ailleurs, des experts mettent en garde contre le passage de maladies entre espèces. Nourrir des mammifères avec des déchets issus d’oiseaux crée un « pont biologique » susceptible de faciliter l’émergence de nouvelles pathologies. Aux États-Unis, des cas récents de grippe aviaire détectés dans des élevages bovins ont ravivé ces inquiétudes, même si aucun lien direct n’a encore été formellement établi.

Une exception israélienne

Alors que l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et la Suisse ont interdit l’alimentation des animaux avec des matières fécales, Israël continue d’autoriser cette pratique sous régulation interne.
Pour les associations et certains spécialistes, il ne s’agit pas d’annoncer une catastrophe imminente, mais de tirer la sonnette d’alarme.

« En médecine préventive, on n’attend pas la preuve d’un désastre à grande échelle », expliquent-ils. « On réduit les risques en amont. » La question posée au public est simple mais lourde de conséquences : le gain économique justifie-t-il le maintien d’une pratique que la majorité du monde a abandonnée pour des raisons de santé, de sécurité alimentaire et d’éthique ?