Une simple session de questions-réponses sur Instagram a suffi à rallumer un débat récurrent autour de la télévision israélienne : jusqu’où peut-on aller dans le montage et la mise en scène sans tromper le public ? Le journaliste culturel Ran Boker, connu pour ses révélations sur les coulisses du petit écran, a répondu frontalement à une question très précise concernant l’émission « HaKokhav Haba » diffusée sur Keshet 12 — et sa réponse n’a laissé personne indifférent.
Une question simple, une polémique immédiate
Lors de cette session ouverte avec ses abonnés, Ran Boker a été interrogé sur un détail qui avait interpellé de nombreux téléspectateurs. La candidate Shira Zalouf avait expliqué publiquement que les trois épisodes de l’émission dans lesquels elle apparaissait particulièrement enrouée avaient en réalité été filmés le même jour. Or, à l’écran, ces prestations ont été diffusées comme si elles s’étaient déroulées sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines.
La question posée à Boker était directe : « N’est-ce pas littéralement mentir aux téléspectateurs ? Comment une telle pratique est-elle autorisée ? » Une formulation sans détour, qui traduisait un malaise réel chez une partie du public.
La réponse de Ran Boker : ni démenti, ni scandale
Le journaliste n’a pas cherché à esquiver. Il a confirmé le fait : oui, les trois émissions ont bien été tournées le même jour. Mais il a immédiatement relativisé la portée de cette révélation : « Ce n’est absolument pas quelque chose d’inhabituel à la télévision », a-t-il expliqué.
Selon lui, cette pratique fait partie intégrante du fonctionnement des grandes productions télévisées, en particulier dans les formats de divertissement à forte logistique. Les contraintes de planning, la disponibilité des candidats, du jury, des équipes techniques et du public en plateau conduisent souvent à tourner plusieurs épisodes sur une période très courte — parfois même sur une seule journée.
Montage, narration et illusion du temps
Le cœur du débat ne porte donc pas tant sur le tournage que sur la narration télévisuelle. La télévision, rappelle Ran Boker, n’est pas un documentaire en temps réel, mais un produit éditorial construit. Le montage sert à créer une continuité, une tension dramatique, un parcours émotionnel compréhensible pour le téléspectateur.
Dans le cas de Shira Zalouf, la diffusion étalée de performances tournées le même jour a renforcé l’impression d’un combat prolongé contre la perte de voix, accentuant l’émotion et l’attachement du public. Pour certains, il s’agit d’une manipulation ; pour d’autres, d’un simple choix narratif.
Où s’arrête la mise en scène, où commence la tromperie ?
C’est précisément cette frontière qui dérange une partie du public. Ran Boker reconnaît implicitement que la télévision joue avec la perception du temps, mais il insiste sur un point : aucune information factuelle n’a été falsifiée. Shira Zalouf était réellement enrouée, ses performances étaient authentiques, et rien de ce qui a été montré à l’écran n’était « joué » ou simulé.
La question devient alors éthique plutôt que juridique : le téléspectateur a-t-il le droit de connaître les conditions exactes du tournage ? Ou accepte-t-il, en allumant sa télévision, une part de construction narrative ?
Une pratique répandue dans toute la télévision
Ran Boker souligne que Keshet 12 n’est en rien une exception. Des formats similaires, en Israël comme à l’étranger, fonctionnent sur les mêmes principes. Dans les émissions de télé-réalité, de chant ou de compétition, il est courant que des séquences présentées comme distinctes soient en réalité tournées à la suite, puis découpées pour les besoins de la diffusion.
Cette logique s’applique aussi à d’autres programmes très populaires, qu’il s’agisse de concours culinaires, de télécrochets ou même de certaines émissions d’actualité magazine, où l’ordre de diffusion ne correspond pas toujours à l’ordre chronologique de tournage.
Le public est-il dupe ?
Interrogé indirectement sur la capacité du public à accepter ces pratiques, Ran Boker adopte une position nuancée. Selon lui, une grande partie des téléspectateurs savent aujourd’hui que la télévision est montée, scénarisée et optimisée pour l’écran. Les réseaux sociaux, les interviews et les révélations régulières ont largement levé le voile sur les coulisses.
Cependant, il reconnaît aussi que ce type de révélation peut provoquer un sentiment de malaise, notamment chez les spectateurs qui perçoivent ces émissions comme des compétitions « pures », presque sportives, où chaque détail compte.
Transparence ou magie télévisuelle ?
La polémique autour de Shira Zalouf et de HaKokhav Haba remet finalement en lumière une tension ancienne : faut-il privilégier la transparence totale, au risque de casser la magie de la télévision, ou préserver une forme de mise en scène implicite, acceptée mais rarement explicitée ?
Ran Boker ne tranche pas de manière définitive. Il se contente de rappeler un fait essentiel : ce qui a choqué certains téléspectateurs n’est pas une exception, mais la norme de l’industrie. Une norme qui interroge, dérange parfois, mais qui structure depuis des décennies la manière dont les programmes sont fabriqués et consommés.
Un débat appelé à se poursuivre
À l’ère d’Instagram, de TikTok et des « stories » en temps réel, le public a accès à plus d’informations que jamais sur l’envers du décor. Chaque révélation, même mineure, peut devenir virale et alimenter un débat plus large sur la confiance, l’authenticité et la responsabilité des chaînes de télévision.
L’intervention de Ran Boker n’a donc pas clos la discussion — elle l’a au contraire ravivée. Et elle rappelle une vérité parfois inconfortable : la télévision ne montre pas toujours la réalité telle qu’elle se déroule, mais telle qu’elle choisit de la raconter.






