Un acte d’accusation déposé devant le tribunal de première instance de Petah Tikva met au jour une affaire de fraude interne qui embarrasse l’une des plus grandes chaînes de distribution d’Israël, Rami Levy. L’enquête révèle comment un caissier du magasin de Kfar Saba aurait détourné des milliers de shekels de marchandises en les faisant passer gratuitement à un ami, dans le but de rembourser une dette personnelle de 10 000 shekels.
L’affaire, qui implique également deux frères originaires de la localité de Jaljulia, illustre une méthode d’escroquerie simple dans son exécution mais lourde de conséquences pénales. Selon les autorités, le stratagème reposait sur l’exploitation de la confiance accordée à un employé en caisse et sur une coordination précise entre les différents protagonistes.
Une dette à l’origine du plan frauduleux
D’après l’acte d’accusation présenté par la section Sharon du parquet de la police israélienne, le principal suspect, Sami Ali, travaillait comme caissier dans la succursale Rami Levy de Kfar Saba. Quelques mois auparavant, il aurait contracté une dette de 10 000 shekels auprès d’Inas Salah, résident de Jaljulia. Lorsque ce dernier a commencé à exiger le remboursement, Ali se serait retrouvé dans l’incapacité financière de restituer la somme.
C’est dans ce contexte que l’idée d’une fraude aurait émergé. Plutôt que de rembourser son créancier par des moyens légaux, le caissier aurait proposé une solution illégale : faire payer sa dette « en nature », en laissant sortir du magasin des produits sans les encaisser, directement au détriment de son employeur.
Le mécanisme de l’arnaque
Selon les éléments consignés dans l’acte d’accusation, Ali aurait suggéré à Salah de se rendre au magasin à un moment précis, lorsque lui-même serait en service à la caisse. « Il lui a proposé de lui faire passer une partie des produits sans les scanner ni les enregistrer, afin de couvrir une partie de la dette », indique le document judiciaire.
Le 21 février 2024, Salah et son frère se sont ainsi présentés dans le magasin Rami Levy de Kfar Saba. Les deux hommes ont rempli trois chariots de supermarché jusqu’à ras bord avant de se diriger vers la caisse tenue par Ali. Là, le stratagème est mis en œuvre : au moment du passage en caisse, seule une partie des articles est effectivement scannée.
Au total, les frères n’ont payé qu’environ 1 500 shekels, alors que des marchandises supplémentaires d’une valeur estimée à 1 400 shekels ont quitté le magasin sans être réglées. Selon l’enquête, cette opération devait être répétée à plusieurs reprises jusqu’à ce que la dette de 10 000 shekels soit entièrement effacée.
Une fraude découverte avant son aboutissement
Le plan, toutefois, n’a pas pu aller jusqu’à son terme. Des contrôles internes ou des incohérences dans les stocks ont attiré l’attention, conduisant à une enquête qui a permis de remonter jusqu’aux suspects. Les autorités ont alors mis un terme à l’opération avant que l’intégralité de la dette ne soit compensée par des vols supplémentaires.
Les deux frères de Jaljulia sont désormais poursuivis pour vol. Quant au caissier, Sami Ali, il devrait faire l’objet dans un avenir proche d’un acte d’accusation distinct pour vol au détriment de son employeur, une infraction particulièrement grave en droit israélien, car elle implique un abus de confiance.
Un préjudice financier et symbolique
Si les montants évoqués peuvent sembler relativement modestes à l’échelle d’un grand groupe de distribution, l’affaire revêt une importance symbolique non négligeable. Pour une chaîne comme Rami Levy, qui fonde son modèle économique sur des marges réduites et une forte rotation des produits, la fraude interne constitue un risque majeur.
Au-delà du préjudice financier direct, ce type d’affaire porte atteinte à la relation de confiance entre employeurs et salariés, ainsi qu’à la perception du public. Les clients, qui paient l’intégralité de leurs achats, peuvent légitimement s’interroger sur l’équité du système lorsque des employés exploitent leur position pour favoriser des proches.
Des pratiques connues mais difficiles à détecter
Les spécialistes de la distribution soulignent que les fraudes en caisse font partie des risques les plus complexes à prévenir. Contrairement aux vols commis par des clients, souvent détectés par des systèmes de vidéosurveillance ou des agents de sécurité, les fraudes internes nécessitent des contrôles approfondis, des audits réguliers et des analyses fines des données de vente.
Dans de nombreux cas, ce sont des anomalies répétées – écarts de stock, tickets anormalement bas par rapport au volume de produits sortis, comportements suspects – qui permettent de révéler ces pratiques. L’affaire de Kfar Saba illustre parfaitement ce mécanisme : sans vigilance interne, le système aurait pu perdurer pendant des mois.
Des conséquences judiciaires lourdes
Sur le plan pénal, les suspects s’exposent à des sanctions sévères. Le vol en bande organisée, combiné à l’abus de confiance et au vol par un employé, peut entraîner des peines de prison, des amendes substantielles et un casier judiciaire lourd de conséquences pour l’avenir professionnel des personnes impliquées.
Pour le caissier, la situation est d’autant plus grave que la justice considère généralement le vol au détriment de l’employeur comme une circonstance aggravante, en raison de la trahison du lien de confiance inhérent à la relation de travail.
Un signal pour le secteur de la distribution
Cette affaire envoie un message clair à l’ensemble du secteur de la grande distribution en Israël : la fraude interne, même à petite échelle, est prise très au sérieux par les autorités. Elle rappelle également aux employés que les difficultés financières personnelles ne sauraient justifier des actes illégaux qui mettent en péril leur liberté et leur avenir.
En attendant la suite de la procédure judiciaire, le dossier continue de susciter l’intérêt, tant par la simplicité du procédé que par les questions qu’il soulève sur la prévention, le contrôle et la responsabilité au sein des grandes chaînes commerciales.






