Israël dispose de la capacité d’absorber un million de nouveaux immigrants au cours des prochaines années. C’est le message adressé par le général Doron Almog, président de l’Agence juive, lors de la conférence annuelle de Habayta, une organisation israélienne sans but lucratif dédiée au soutien des communautés d’immigrants. Cette déclaration, prononcée dans un contexte de montée préoccupante de l’antisémitisme à travers le monde, offre une perspective d’espoir aux juifs de la diaspora confrontés à une insécurité croissante.

La conférence, intitulée « Absorbing the Next Million » (Absorber le prochain million), s’est tenue à Jérusalem au Cinema City, rassemblant une galerie impressionnante de personnalités : ministres du gouvernement israélien, officiers de l’Agence juive, leaders communautaires et représentants des populations d’immigrants. Cette mobilisation de haut niveau témoigne de la sérieux avec lequel le gouvernement israélien envisage cette ambition.

Selon Almog, la solidité économique d’Israël et ses structures existantes constitueraient une base solide pour accueillir un afflux considérable de nouveaux venus, sous réserve que l’État mobilise véritablement les ressources nécessaires. Cette vision ne date pas d’hier : en novembre 2023 déjà, le général avait prédit que la montée de l’antisémitisme pourrait conduire à l’arrivée d’un million d’immigrants au cours des années suivantes. Aujourd’hui, cette prévision semble revêtir une urgence nouvelle face aux réalités du terrain.

Il convient cependant de replacer ces ambitions dans leur contexte actuel. Selon les chiffres du Ministère de l’alya et de l’intégration publiés en septembre, légèrement plus de 20 000 immigrants ont débarqué en Israël au cours de l’année juive 5786, en provenance de plus de 100 pays. La Russie, la France et les États-Unis figurent parmi les principaux pays d’origine. Ces chiffres, bien que positifs, restent loin des projections à long terme du général Almog. La directrice générale du Ministère de l’alya et de l’intégration, Dganit Sankar-Langa, estimait d’ailleurs qu’Israël recevrait entre 18 000 et 20 000 immigrants en 2026, ce qui suggère une croissance progressive plutôt que soudaine.

Le Ministre des finances, Bezalel Smotrich, a souligné l’importance économique de cette ambition. Il a affirmé que « l’alya est le meilleur moteur de croissance économique » et décrit l’immigration comme à la fois une priorité nationale et une opportunité économique. Smotrich a noté que les investisseurs internationaux continuent à exprimer leur confiance dans l’économie israélienne, et que la situation précaire des communautés juives à l’étranger crée une fenêtre d’opportunité pour accueillir des centaines de milliers de nouveaux immigrants. Il a aussi félicité le Ministre de l’alya et de l’intégration, Ofir Sofer, pour son travail en la matière.

Mais au-delà de l’ambition purement démographique et économique, la conférence a également mis en lumière des préoccupations sécuritaires majeures. Le Ministre des affaires de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, Amichai Chikli, a exprimé des inquiétudes face à la possibilité d’une instabilité grave dans les pays abritant des communautés juives substantielles. Il a averti que, dans des scénarios incluant des conflits civils ou des troubles politiques graves, les juifs pourraient figurer parmi les premières populations affectées. Cette analyse sombre contraste fortement avec le discours optimiste sur les capacités d’absorption, rappelant que derrière les chiffres et les statistiques se cachent des familles confrontées à des menaces bien réelles.

Almog lui-même a insisté sur l’importance de préparer des réseaux d’assistance d’urgence et des systèmes d’alerte précoce pour protéger les communautés juives mondiales face aux menaces potentielles. Cette approche duale – à la fois préventive et accueillante – reflète une compréhension que l’alya en masse ne peut fonctionner que si les conditions de départ sont stabilisées et les besoins des nouveaux arrivants sont réellement anticipés.

L’un des défis majeurs identifiés lors de la conférence concerne l’intégration après l’arrivée. Chikli a spécifiquement pointé du doigt la barrière de la langue comme un obstacle central. Les difficultés à naviguer la vie quotidienne sans une maîtrise suffisante de l’hébreu ou de l’anglais peuvent transformer l’alya en expérience frustrante, sinon impossible. Une grande partie de la conférence a d’ailleurs été consacrée à ce que devrait advenir après que les immigrants franchissent le seuil d’Israël – une question qui mérite autant d’attention que la simple capacité d’absorption.

Cette conférence de Habayta souligne une réalité : Israël se prépare non seulement à recevoir un million de nouveaux immigrants, mais aussi à en faire une success story intégration durable. C’est un projet qui nécessite non seulement des ressources économiques et une volonté politique, mais aussi une réflexion profonde sur comment transformer l’alya en opportunité véritable de réussite pour chaque nouvelle famille qui choisit de faire de Jérusalem ou Tel-Aviv sa maison.

[signoff]