Le rabbin Shlomo Aviner : comment faut-il considérer le phénomène du « Yinouka » ? Face à l’afflux massif de fidèles autour du rabbin surnommé « le Yinouka », le rav Shlomo Aviner a livré une analyse détaillée de cette vague d’enthousiasme populaire, appelant à distinguer entre la personnalité du rabbin lui-même et le système qui l’entoure, tout en interrogeant les qualificatifs de « génie » et les récits de miracles qui circulent à son sujet.

Ces dernières années, le rabbin connu sous le nom de « Yinouka » est devenu un pôle d’attraction pour des milliers de croyants. Conférences bondées, consultations personnelles, récits de délivrances et d’interventions miraculeuses : le phénomène a pris une ampleur nationale. Dans ce contexte, le rav Aviner adopte une position nuancée, mêlant respect pour l’individu et critique du mécanisme qui s’est construit autour de lui.

Selon le rav Aviner, il convient d’abord de parler de l’homme avant de parler du mythe. Il décrit le Yinouka comme un talmid ‘hakham sérieux, pieux et humble, doté de qualités morales reconnues. Il insiste sur l’absence de rumeurs négatives concernant sa conduite personnelle. Toutefois, il rejette l’interprétation mystique du terme « Yinouka » dans son sens kabbalistique, à savoir l’idée d’une âme dotée de savoir provenant d’une vie antérieure. D’après lui, l’érudition et la mémoire impressionnante du rabbin ne relèvent pas d’un phénomène surnaturel, mais d’un travail acharné et d’une immersion totale dans l’étude dès l’enfance.

La question de la « génialité » constitue un autre point central de son analyse. Le rav Aviner affirme que, malgré les titres flatteurs qui lui sont attribués, le Yinouka ne correspond pas à la définition classique d’un « gaon ». Dans la tradition rabbinique, explique-t-il, le génie se mesure à la capacité d’innover en profondeur à partir des sugyot talmudiques, de développer des analyses originales et de trancher des questions halakhiques complexes. Or, selon lui, ces critères ne sont pas clairement remplis.

Le Yenouka - Rav Shlomo Yehouda Beeri

Il estime que l’attrait populaire tient davantage à un style accessible et émotionnel, mêlant récits inspirants, tonalité chaleureuse et parfois accompagnement musical. Ce registre, qui « réchauffe le cœur », séduit un large public, mais ne constitue pas en soi une preuve d’une profondeur académique exceptionnelle.

La critique la plus sévère du rav Aviner vise toutefois l’entourage du Yinouka. Il dénonce ce qu’il qualifie d’« affairistes corrompus » profitant de la ferveur du public. Il évoque des consultations facturées à des montants élevés, l’usage d’avions privés et des ventes aux enchères d’objets personnels à des prix importants. Selon lui, ces pratiques soulèvent des questions éthiques majeures.

Il mentionne également un épisode préoccupant : des pressions exercées contre un rabbin qui aurait tenté d’examiner de manière critique le phénomène. Bien que le rav Aviner affirme juger le Yinouka lui-même favorablement, estimant qu’il pourrait ne pas être pleinement conscient des agissements de certains collaborateurs, il met en garde contre un système qui risque de déraper.

Concernant les récits de miracles et de guérisons, le rav Aviner appelle à une approche rationnelle. Il rappelle que de nombreuses améliorations médicales peuvent s’expliquer par des guérisons spontanées ou par l’effet placebo, c’est-à-dire l’influence psychologique de la foi et de l’attente positive. Il souligne que dans la tradition juive, même les prophètes faisaient l’objet d’un examen critique et que la vérité ne doit pas reposer sur des phénomènes pouvant recevoir une explication statistique ou scientifique.

En conclusion, le rav Aviner recentre le débat sur la notion de grandeur authentique. Les figures fondatrices du peuple juif, d’Avraham à Moché, n’ont pas recherché les prodiges pour impressionner, affirme-t-il, mais ont agi par nécessité. La véritable grandeur d’un talmid ‘hakham se mesure à la qualité morale, à la maîtrise de la Torah et à l’engagement dans le ‘hessed, non à des capacités de guérison difficiles à vérifier.