The Jerusalem Post

Ce n’est pas seulement une prouesse technologique. C’est un renversement économique. Le déploiement opérationnel confirmé du système laser « Or Eitan » dans le nord d’Israël, ce mercredi 18 mars 2026, ne s’analyse pas uniquement à l’aune de ce qu’il détruit — mais surtout à l’aune de ce qu’il coûte. Et là, le contraste est saisissant.

Un interception par le missile Tamir utilisé dans le système Dôme de fer coûte environ 50 000 dollars. Un interception par laser coûte environ 5 dollars. Pour la première fois, le coût d’une interception est inférieur à celui de l’arme attaquée. Ce renversement de l’équation économique — que les concepteurs du système décrivent comme la rupture fondatrice de la doctrine — est désormais une réalité de combat.

Une technologie née dans la guerre, forgée par la nécessité

Le système laser « Or Eitan », développé par Rafael, entre maintenant dans sa phase d’intégration opérationnelle au sein de l’armée de l’air israélienne. L’avantage central de la technologie réside précisément dans cet écart économique entre le coût du tir — estimé à quelques shekels seulement par interception — et la valeur des menaces aériennes qu’elle neutralise. Bien que le développement et la production du système de canon laser représentent un investissement considérable, après des centaines d’interceptions, l’investissement devrait se rentabiliser et prouver sa valeur sur le long terme.

Ce paradoxe économique est au cœur de la révolution que représente « Or Eitan ». L’adversaire — qu’il s’agisse du Hezbollah, du Hamas ou des Houthis — a construit sa stratégie sur une asymétrie inverse : lancer des milliers de projectiles bon marché pour forcer Israël à dépenser des millions en interceptions. Chaque roquette à 500 dollars déclenchait une réponse à 50 000 dollars. Ce rapport 1-pour-100 était insoutenable à long terme. Le laser inverse ce rapport à une fraction infinitésimale.

Du prototype au champ de bataille : une décennie de chemin

En octobre 2024, lors de la guerre « Épées de Fer », un premier usage opérationnel avait été réalisé avec le système « Lahav Barzel » — une version compacte d' »Or Eitan ». Le système avait alors réussi à intercepter et abattre quatre drones non pilotés lancés par le Hezbollah depuis le Liban, et depuis lors avait neutralisé des dizaines d’autres drones. Ces premiers succès en conditions réelles constituaient la preuve de concept qui manquait encore. Ils ont ouvert la voie à la remise officielle du système complet à Tsahal en décembre 2025, et à son engagement dans la campagne actuelle.

Le système opère sur une portée d’environ 10 kilomètres, et dans une première phase s’intégrera aux opérations courantes des batteries du Dôme de fer pour fournir une protection à courte portée. Cette complémentarité est essentielle : le Dôme de fer reste le pilier de la défense contre les roquettes à plus longue portée, tandis qu' »Or Eitan » prend en charge les menaces à basse altitude, courte distance et faible coût — notamment les drones, qui représentent aujourd’hui l’une des menaces les plus fréquentes sur le front nord.

La prochaine génération est déjà en développement

Ce qui est frappant dans la trajectoire d' »Or Eitan », c’est la vitesse à laquelle la technologie progresse. Le développement de la prochaine génération du système a déjà commencé. En termes militaro-industriels, cela signifie qu’Israël ne cherche pas simplement à déployer une capacité — il cherche à creuser un écart technologique durable face à ses adversaires, dans un domaine où les contre-mesures sont encore inexistantes.

La puissance laser actuelle tourne autour de 100 kilowatts. La portée d’interception est d’environ 10 kilomètres depuis le lanceur, et l’essentiel des interceptions au laser enregistrées jusqu’ici visaient des drones du Hezbollah, avec quelques interceptions enregistrées également contre des menaces d’autres sources. Les générations futures viseront des puissances supérieures, des portées étendues, et potentiellement une capacité contre des missiles balistiques à plus courte portée.

Ce que cela change vraiment

Au-delà des chiffres, ce qui change avec « Or Eitan », c’est la philosophie de la défense. Pendant des décennies, la défense coûtait structurellement plus cher que l’attaque. Les adversaires d’Israël avaient intégré cette réalité dans leur stratégie d’usure : saturer le système défensif jusqu’à l’épuiser financièrement ou le déborder par le nombre. Le laser ne résout pas tout — il ne remplace pas les autres couches de défense, il ne protège pas à longue portée, et son déploiement reste limité en nombre de systèmes disponibles. Mais il inaugure un monde où, pour la première fois, cette équation peut être renversée.

Pour un pays qui dépense des milliards par an en interceptions défensives, et qui fait face à des adversaires capables de produire des milliers de projectiles à faible coût, c’est potentiellement l’une des ruptures stratégiques les plus significatives depuis le Dôme de fer lui-même.

Source : Israel Defense, 18 mars 2026