La société publique Baladi, l’un des principaux importateurs de viande en Israël, a déposé dimanche une requête administrative contre le directeur des services vétérinaires du Ministère israélien de l’Agriculture. Au cœur du litige : le refus persistant du ministère de publier et d’approuver un abattoir de volaille situé au Brésil dans la liste officielle des établissements autorisés à exporter de la viande et du poulet vers Israël. Une décision – ou plutôt une absence de décision – que Baladi juge illégale, infondée sur le plan professionnel et lourde de conséquences économiques.
Selon l’entreprise, des millions de shekels ont été investis dans ce site brésilien afin de répondre à l’ensemble des exigences israéliennes : normes sanitaires, contrôles vétérinaires, traçabilité, et procédures de production compatibles avec l’importation de volaille casher. Malgré cela, le ministère retarderait l’autorisation finale sans justification écrite, empêchant tout début d’importation. Or, sans publication officielle de l’usine dans la liste des établissements agréés, aucune importation n’est légalement possible, même si le site est prêt à fonctionner.
Baladi affirme que cette situation porte non seulement atteinte à sa liberté d’exercer, mais aussi à l’intérêt public. Dans sa requête, la société soutient que le blocage administratif nuit directement à la concurrence sur le marché de la volaille, limite l’offre disponible pour les consommateurs et contribue, de facto, au maintien de prix élevés dans un contexte de vie chère déjà sous forte pression en Israël.
L’entreprise rappelle qu’il existe depuis près de dix ans une procédure claire et formalisée du ministère, connue sous le nom de Pre-Listing, destinée précisément à réduire les barrières réglementaires et à ouvrir le marché des importations. Le principe est simple : dès lors qu’un pays est reconnu comme « État approuvé » – ce qui est le cas du Brésil – et que l’autorité compétente de ce pays certifie par écrit que l’usine respecte toutes les exigences israéliennes, le ministère est tenu de publier l’établissement sur la liste officielle, permettant ainsi l’importation immédiate.
Or, selon Baladi, toutes ces conditions ont été remplies. Les autorités brésiliennes ont transmis l’ensemble des documents requis, et des échanges internes au ministère israélien – joints à la requête – montreraient même que les professionnels compétents n’ont identifié aucun obstacle technique ou sanitaire à l’approbation de l’usine. Malgré cela, la société affirme avoir reçu un message laconique de la direction des services vétérinaires indiquant que « la direction du ministère examine sa position concernant l’importation de poulet en provenance du Brésil », assorti d’une instruction interne de ne faire avancer aucun dossier lié au Brésil.
Pour Baladi, cette situation est juridiquement problématique. L’entreprise soutient qu’il ne s’agit pas d’une décision statutaire motivée, prise par l’autorité professionnelle compétente, mais d’une directive administrative informelle, dépourvue de base légale, qui ne peut primer sur des compétences définies par la loi. Plus encore, aucune nouvelle politique officielle n’aurait été adoptée, aucun document écrit publié, ni aucune mesure transitoire prévue – autant d’éléments pourtant indispensables lorsqu’un ministère modifie sa ligne réglementaire.
La requête inclut notamment une lettre officielle de la branche diplomatique-agricole du ministère brésilien des Affaires étrangères, confirmant que toutes les exigences israéliennes ont été respectées et validées. Pour Baladi, cela rend le refus israélien d’autant plus incompréhensible et préjudiciable.
Ce n’est pas la première fois que la société s’engage dans un bras de fer juridique. En juillet dernier, Baladi avait déjà saisi la Cour suprême d’Israël contre le Grand Rabbinat d’Israël, l’accusant de retarder volontairement la fixation de règles claires pour l’importation de volaille casher. La Cour avait alors donné raison à l’entreprise et imposé au Rabbinat un délai de 45 jours pour statuer, rejetant l’argument selon lequel d’autres dossiers devaient être traités en priorité.
Dans un communiqué, Baladi affirme qu’elle continuera à utiliser tous les moyens légaux à sa disposition afin d’augmenter l’offre de viande et de volaille sur le marché israélien, renforcer la concurrence et faire baisser les prix au bénéfice des consommateurs. « Il s’agit d’un combat contre la vie chère, mais aussi pour le respect de l’État de droit », souligne la société.
De son côté, le ministère de l’Agriculture a réagi brièvement, indiquant que la requête n’avait pas encore été reçue officiellement et qu’une réponse serait transmise au tribunal après examen du dossier.






