Quatre pilleurs d’antiquités ont été arrêtés en flagrant délit dans le nord d’Israël alors qu’ils creusaient illégalement à l’intérieur d’une ancienne grotte funéraire datant de l’époque romaine, dans la région de Hittin, à proximité du site de Nabi Shuʿayb et de la vallée d’Arbel, non loin du lac de Tibériade. L’opération, menée conjointement par l’unité de prévention du pillage de l’Israel Antiquities Authority et la police des frontières de Galilée inférieure, a permis de mettre fin à une atteinte grave portée à un site archéologique d’une valeur historique exceptionnelle.
Les suspects ont été interpellés à l’intérieur même de la grotte, alors qu’ils utilisaient des outils de fouille destinés à extraire des objets anciens. Selon les autorités, les dégâts causés au site sont importants et irréversibles. Les parois de la grotte funéraire, les couches archéologiques et les vestiges enfouis ont été sérieusement endommagés, compromettant la possibilité d’étudier scientifiquement le lieu. Les quatre individus ont été conduits au commissariat de Tibériade pour interrogatoire.
Au cours de leur audition, les suspects ont tenté de justifier leur présence sur les lieux en affirmant qu’ils étaient venus chasser des porcs-épics ou cueillir des champignons. Toutefois, confrontés aux preuves matérielles et aux outils retrouvés dans la grotte, ils ont reconnu avoir creusé à l’intérieur du site funéraire. Après leur interrogatoire, ils ont été libérés sous caution, et le dossier a été transmis au service juridique de l’Autorité des antiquités en vue de l’examen d’éventuelles poursuites pénales.
La région de Hittin est reconnue comme un ensemble archéologique majeur. À l’époque romaine et byzantine, elle abritait une localité juive importante appelée Hittaya, mentionnée dans les sources talmudiques comme un centre de vie juive florissant au IIIᵉ siècle de notre ère. À l’ouest se trouvait un autre village antique, connu sous le nom d’al-Maʿasar, dont le nom ancien n’a pas été conservé. Des fouilles et des prospections antérieures ont mis au jour des vestiges remontant aux périodes hellénistique, romaine et byzantine, notamment des fragments de poteries et des structures funéraires.
L’un des aspects les plus marquants de cette affaire réside dans la dimension historique et symbolique du lieu. Selon la tradition juive, Hittaya est associée à la figure de Resh Lakish, de son nom complet Shimon ben Lakish, l’un des plus grands Amoraïm de la Terre d’Israël au IIᵉ siècle. Personnage à la trajectoire exceptionnelle, Resh Lakish est célèbre pour son parcours hors du commun, passant d’une jeunesse marquée, selon les sources, par le brigandage ou les combats de gladiateurs, à une vie de sagesse et d’étude intense de la Torah.
La tradition rapporte que c’est Rabbi Yohanan ben Nappaha qui l’aurait ramené à l’étude et à une vie spirituelle, lui donnant même sa sœur en mariage. Resh Lakish devint par la suite l’un des piliers de la yeshiva de Tibériade, réputé pour sa rigueur intellectuelle, son courage intellectuel et sa capacité à débattre sans crainte, y compris avec les plus grandes autorités de son temps. Les textes talmudiques soulignent sa profondeur d’analyse et sa contribution décisive à l’élaboration de la halakha. Son attachement à la Terre d’Israël et à l’étude de la Torah est resté un modèle à travers les générations.
Pour les autorités israéliennes, le pillage de sites situés dans de telles zones ne constitue pas seulement un crime contre le patrimoine, mais une atteinte directe à la mémoire collective. Nitzan Distelfeld, inspecteur de l’unité de prévention du pillage dans le nord du pays, a rappelé que chaque grotte funéraire et chaque site ancien représente une source de connaissance unique. Une fois détruits par des fouilles clandestines, ces lieux perdent irrémédiablement leur valeur scientifique. Les objets, arrachés à leur contexte, deviennent muets et inutiles pour la recherche historique.
Le ministre israélien du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a souligné que la région de Hittin est attestée à la fois par les sources écrites et par les découvertes archéologiques comme un espace de continuité de la vie juive sur plusieurs siècles. Il a dénoncé une atteinte grave à l’identité, à la mémoire et au droit de transmettre l’histoire matérielle du peuple juif aux générations futures, affirmant que son ministère continuerait à agir fermement pour protéger les sites patrimoniaux.
Cette arrestation met une nouvelle fois en lumière le phénomène persistant du pillage d’antiquités en Israël, alimenté par le marché noir international. Malgré des lois strictes et une surveillance accrue, des réseaux continuent de s’attaquer aux sites isolés, souvent au prix d’une destruction irréparable. Les autorités rappellent que la protection du patrimoine n’est pas seulement l’affaire des forces de l’ordre, mais une responsabilité collective.
L’affaire de Hittin rappelle ainsi que l’archéologie n’est pas une ressource renouvelable. Chaque site détruit est une page d’histoire qui disparaît à jamais, emportant avec elle une part essentielle de la compréhension du passé de cette terre.










