La scène aurait pu sembler, à première vue, comme une célébration familiale parmi tant d’autres : une brit mila, une circoncision rituelle juive, organisée dans une grande yeshiva du centre du pays, entourée de chants, de prières et d’émotion. Mais pour ceux qui connaissaient l’histoire cachée derrière ce moment, il ne s’agissait pas seulement d’une fête religieuse. C’était l’aboutissement lumineux d’une affaire humaine d’une intensité rare, marquée par la peur, la contrainte, la perte d’identité et, finalement, la reconstruction.
Lorsque le mohel annonça que Rav Shmuel Lifshitz, l’un des dirigeants de l’organisation Yad L’Achim, serait le sandak – celui qui tient l’enfant durant la circoncision – les personnes présentes comprirent immédiatement qu’elles assistaient à la conclusion positive d’une opération de sauvetage exceptionnelle. Peu d’entre elles imaginaient cependant l’ampleur du calvaire traversé par la jeune mère, désignée ici sous l’initiale R’, afin de préserver son anonymat.
Une descente aux enfers silencieuse
R’ est issue d’une famille en grande difficulté du sud d’Israël. Fragilisée, isolée, elle est tombée dans une relation destructrice avec un homme arabe, habitant d’un village réputé particulièrement hostile. Très vite, ce lien s’est transformé en piège. Coupée de son entourage, soumise à des pressions constantes, elle a été contrainte, contre sa volonté, de se convertir à l’islam.
À un moment donné, R’ a tenté l’impensable : fuir par ses propres moyens. Elle est parvenue à quitter le village et à reprendre contact avec certains membres de sa famille, qui ont accepté de l’accueillir et de l’aider à se reconstruire. Mais cette tentative de libération n’a pas duré. La hamoula – le clan familial élargi – s’est lancée à sa poursuite, a retrouvé sa trace et l’a ramenée de force au village. Là, elle a été à nouveau contrainte de renier son identité juive, sous la menace, au motif qu’elle avait « violé son engagement » en tentant de revenir vers son peuple.
L’intervention décisive de Yad L’Achim
C’est à ce stade que son histoire est parvenue jusqu’aux équipes de Yad L’Achim, une organisation israélienne spécialisée dans l’aide aux personnes juives retenues de force ou victimes d’assimilation coercitive. Dès que la possibilité d’un sauvetage a été identifiée, une opération complexe a été mise sur pied.
Tous les moyens nécessaires ont été mobilisés. Les équipes de sécurité de l’organisation ont mené une extraction rapide, précise, sans laisser de traces exploitables par ceux qui cherchaient à la retrouver. En parallèle, le département juridique de Yad L’Achim est entré en action, exigeant que les responsables de sa détention forcée rendent des comptes devant la justice. Mais l’aspect le plus profond du processus s’est joué dans la durée : l’accompagnement humain et psychologique.
Les travailleuses sociales de l’organisation ont entouré R’ jour après jour, l’aidant à se reconstruire, à surmonter les traumatismes et à renouer avec son identité juive. L’une des questions qu’elle posa, au tout début de ce cheminement, résume à elle seule la profondeur de sa détresse : « Est-ce que j’ai encore le droit de dire des Tehilim ? », demanda-t-elle, hésitante, après avoir été forcée de se convertir. La réponse, empreinte de compassion, fut claire : il n’est jamais trop tard, et les portes des larmes ne se ferment jamais.
Sur le plan religieux, la conversion forcée à l’islam a été officiellement annulée lors d’une cérémonie de retour au judaïsme devant un tribunal rabbinique, restaurant ainsi son statut et son identité.
Une brit mila comme symbole de renaissance
C’est dans ce contexte que la circoncision de son fils a pris une dimension profondément symbolique. L’enfant, né après le sauvetage de sa mère, incarne à la fois la continuité et la renaissance. La cérémonie s’est déroulée avec une solennité particulière, en présence d’étudiants de la yeshiva, de bénévoles de Yad L’Achim, devenus pour l’occasion la famille élargie de la mère et de l’enfant.
Le mohel, le rav Yossef Kort, la voix chargée d’émotion, a ouvert la cérémonie par le verset :
« Heureux celui que Tu choisis et que Tu rapproches, afin qu’il demeure dans Tes parvis ; nous nous rassasierons du bien de Ta maison, de la sainteté de Ton palais. »
Pour les personnes présentes, ces mots prenaient un sens double et bouleversant : celui du retour concret d’une famille juive au cœur de son peuple et de sa foi.
Le choix du rav Shmuel Lifshitz comme sandak n’était pas anodin. Il symbolisait le lien indéfectible entre l’enfant, sa mère et ceux qui avaient risqué et investi tant d’efforts pour les sauver.
Une victoire discrète mais essentielle
Cette histoire, qui s’achève sur une note d’espoir, met en lumière une réalité souvent méconnue : derrière les statistiques, les communiqués et les opérations de sauvetage, se cachent des êtres humains brisés, qui cherchent avant tout à retrouver leur dignité et leur identité. Pour Yad L’Achim, chaque cas sauvé est une victoire morale, mais aussi un rappel de l’ampleur du travail encore à accomplir.
La brit mila du fils de R’ n’est pas seulement un rite religieux accompli selon la tradition. Elle marque la fin d’un chapitre de violence et de contrainte, et l’ouverture d’un nouveau chapitre, fait de protection, de foi retrouvée et d’espoir. Pour la jeune mère, c’est aussi la preuve tangible qu’après avoir traversé « sept cercles de l’enfer », il est possible de reconstruire une vie, entourée et soutenue.
Dans un silence empreint de respect, alors que l’enfant entrait dans l’alliance d’Abraham, beaucoup comprirent qu’ils venaient d’assister non seulement à une cérémonie, mais à la réparation d’une injustice profonde. Une réparation discrète, loin des projecteurs, mais essentielle.






