Plus de deux ans après le début de la guerre, l’ampleur de la mobilisation du système de santé israélien apparaît désormais au grand jour à travers une série de chiffres officiels publiés par le Ministère de la Santé. Ces données dressent le portrait d’un appareil médical placé sous pression continue, confronté simultanément à des milliers de blessés, à une crise humanitaire interne liée aux déplacés, et à une vague sans précédent de détresse psychologique au sein de la population.

Selon les chiffres communiqués, environ 24 000 personnes ont été prises en charge dans les hôpitaux israéliens depuis le début du conflit. Ces hospitalisations concernent à la fois des civils blessés, des soldats, des victimes d’attentats et des personnes souffrant de complications médicales indirectement liées à la situation sécuritaire. À cela s’ajoute une mobilisation massive des caisses de santé, qui ont dû adapter leurs services à une réalité totalement nouvelle.

Une prise en charge étendue des déplacés

Dès les premiers jours de la guerre, avec l’évacuation de larges zones du sud et du nord du pays, le système de santé a dû répondre à un défi logistique majeur : garantir un accès aux soins pour des dizaines de milliers de citoyens déracinés de leur domicile. Au total, 151 200 personnes évacuées officiellement, ainsi que des dizaines de milliers d’autres ayant quitté leur foyer de manière indépendante, ont bénéficié des services du ministère de la Santé.

Pour répondre à cette situation, plus de 100 points de service des caisses de santé ont été ouverts dans des hôtels et des centres accueillant des déplacés. Parallèlement, 362 points de prise en charge en santé mentale ont été déployés dans ces mêmes zones, illustrant la reconnaissance rapide du traumatisme psychologique massif provoqué par la guerre.

Une réponse médico-légale et hospitalière sans précédent

L’ampleur des pertes humaines a également mis à rude épreuve les capacités médico-légales du pays. Le Centre national de médecine légale a mené 1 765 procédures d’identification et de détermination des causes de décès, parmi lesquelles figurent 86 otages décédés, le dernier identifié étant Ran Guaily. Ce travail, à la fois technique et humainement éprouvant, a été essentiel pour permettre aux familles de faire leur deuil et pour documenter officiellement les événements.

Sur le plan hospitalier, le 7 octobre a marqué un tournant organisationnel majeur. Ce jour-là, le système de santé a procédé à la plus vaste opération de “régulation secondaire” jamais réalisée en Israël : plus de 150 patients ont été transférés entre établissements, dont 60 % vers d’autres hôpitaux et 40 % renvoyés à domicile, afin de libérer immédiatement des capacités pour les blessés graves.

Renforcement des infrastructures et protection en situation de guerre

Conscient de la vulnérabilité des hôpitaux face aux menaces sécuritaires, le ministère de la Santé a accéléré le renforcement des infrastructures. 3 642 lits protégés supplémentaires ont été ajoutés dans les hôpitaux à travers le pays, afin de permettre la poursuite des soins même en cas de tirs de roquettes ou d’escalade régionale. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à adapter les établissements médicaux à des scénarios d’urgence prolongée.

Selon les responsables du ministère, l’objectif n’est pas seulement de répondre à la guerre actuelle, mais aussi de préparer le système à d’autres catastrophes potentielles, telles que des séismes ou des crises sanitaires majeures. La rapidité de mise en œuvre de ces adaptations est désormais considérée comme un indicateur clé de résilience nationale.

La santé mentale au cœur de l’effort national

L’un des enseignements les plus marquants de ces deux années de conflit concerne la santé mentale. Les événements du 7 octobre et la guerre qui a suivi ont profondément affecté le tissu psychologique de la société israélienne. En réponse, l’État a lancé une programme national de santé mentale doté d’un budget de plus de 1,4 milliard de shekels, destiné à élargir et diversifier l’offre de soins.

Concrètement, plus de 700 nouveaux thérapeutes ont été recrutés, aux côtés de plus de 1 000 internes en psychologie et d’environ 100 nouveaux internes en psychiatrie. Chaque jour, 1 370 heures de thérapie sont assurées dans le cadre des centres de santé mentale déployés sur le terrain. Les chiffres montrent également une hausse de 30 % du nombre de patients suivis en santé mentale communautaire, ainsi qu’une augmentation de 42 % des contacts thérapeutiques.

Entre octobre 2023 et juillet 2025, environ 1 600 soldats et victimes d’actes terroristes ont été hospitalisés dans des structures de rééducation, soulignant la durée et la complexité du processus de reconstruction physique et psychique.

Les anciens otages et leurs familles

Un volet particulièrement sensible concerne la prise en charge des personnes revenues de captivité. 168 anciens otages ont été traités et continuent de l’être au sein du système de santé, avec un accompagnement spécifique incluant également leurs familles. Cette prise en charge s’inscrit dans une vision à long terme, reconnaissant que les séquelles de la captivité ne disparaissent pas avec le retour physique.

Une vigilance permanente face à une réalité instable

Le directeur général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman Tov, a souligné que le système fonctionne aujourd’hui dans une “réalité sécuritaire différente”, marquée par une instabilité permanente. Sans relever formellement le niveau d’alerte, le ministère a considérablement renforcé son niveau de préparation et sa coordination avec Tsahal, le Commandement du Front intérieur et le corps médical militaire.

« L’urgence occupe désormais une place bien plus importante dans notre quotidien », a-t-il expliqué, insistant sur la nécessité d’être prêt à des événements imprévisibles. Si certaines mesures extrêmes – comme l’évacuation de parkings hospitaliers ou le transfert systématique de services en sous-sol – n’ont pas encore été mises en œuvre, les capacités à le faire rapidement ont été nettement améliorées.

Un système éprouvé, mais toujours opérationnel

Ces chiffres témoignent d’un système de santé soumis à une pression exceptionnelle, mais qui a su maintenir sa capacité de réponse. Entre soins d’urgence, accompagnement psychologique, soutien aux déplacés et préparation à de nouveaux scénarios de crise, le secteur médical israélien est devenu l’un des piliers centraux de la résilience nationale. Plus de deux ans après le début de la guerre, il continue de fonctionner en mode crise, tout en tentant de préparer l’avenir dans une réalité où l’incertitude reste la norme.