La mythique « Horshat HaEucalyptus », immortalisée par la chanson de Naomi Shemer, vient d’achever une renaissance spectaculaire. Après cinq années de travaux et un investissement d’environ 5 millions de shekels, l’ancienne zone marécageuse des « Biyot Kinneret » dans la vallée du Jourdain a été entièrement réhabilitée et transformée en parc écologique, touristique et éducatif, ouvert gratuitement au public.
Le projet a été financé par le Fonds pour la préservation des espaces ouverts de l’Autorité foncière israélienne (RMI), et mené conjointement par Kvutzat Kinneret, l’Autorité de drainage et des rivières du Kinneret, la Société gouvernementale du tourisme et le Conseil régional de la vallée du Jourdain. Il marque l’aboutissement d’un long processus visant à réparer une blessure historique infligée au paysage et à l’écosystème de la région.
Les marais du Kinneret s’étendent sur environ 750 mètres du nord au sud et 160 mètres de large, entre le site archéologique de Tel Beit Yerah et le Beit HaMotor, un bâtiment emblématique du kibboutz Kinneret, construit en 1910 pour pomper les eaux du Jourdain afin d’irriguer les champs agricoles. À proximité se trouve également un ancien puits profond, témoin des premières infrastructures hydrauliques de la région.
Historiquement, le tracé originel du Jourdain créait dans cette zone un vaste espace marécageux, humide et insalubre. Lorsque les pionniers de la seconde aliyah fondèrent le kibboutz Kinneret en 1913, puis s’installèrent à son emplacement actuel en 1929, ils entreprirent d’assécher les marais pour lutter contre le paludisme et transformer la zone en terres agricoles. Des tentatives furent menées à l’aide de canalisations innovantes pour l’époque — certaines encore utilisées aujourd’hui — et par la plantation d’eucalyptus censés absorber l’humidité. Mais ces efforts restèrent largement insuffisants.
Dans les années 1940, la zone fut reconvertie en bassins piscicoles, exploités pendant plusieurs décennies. Toutefois, avec l’effondrement de la filière de l’aquaculture en Israël, causé notamment par l’importation massive de poissons, ces bassins furent abandonnés. Leur état de délabrement en fit un danger sécuritaire, sanitaire et environnemental, poussant les autorités à repenser totalement l’avenir du site.
C’est ainsi qu’est né le projet de réhabilitation des Biyot Kinneret, mené sur cinq ans. Les travaux ont consisté à restaurer l’écosystème naturel des zones humides : réduction et remodelage des plans d’eau afin de leur redonner une apparence plus naturelle et sinueuse, amélioration de la qualité de l’eau par la prévention des polluants et la mise en place de processus de filtration naturelle, réhabilitation de la végétation des berges et recréation d’habitats typiques des milieux aquatiques.
Parallèlement, un important effort a été réalisé pour ouvrir le site au public sans nuire à son équilibre écologique. Des sentiers internes pour piétons et des chemins périphériques adaptés aux marcheurs et aux cyclistes ont été aménagés, ainsi que des parkings volontairement éloignés du cœur du parc. Le site comprend désormais des points d’observation pour l’avifaune, des plateformes panoramiques, des aires de pique-nique, des zones de repos et plusieurs belvédères offrant une vue imprenable sur les marais restaurés.
Un parcours pédagogique et expérientiel a également été développé, destiné aux élèves, aux familles et aux visiteurs. Grâce à des panneaux explicatifs et à des activités éducatives, le public peut découvrir les processus de conservation, de réhabilitation écologique et l’importance cruciale des zones humides pour la biodiversité. Fait notable : le parc est traversé par le Israel National Trail, ce qui renforce encore son attractivité pour les randonneurs.
Aujourd’hui, la « Horshat HaEucalyptus » n’est plus seulement un symbole poétique évoqué dans une chanson. Elle est devenue un espace vivant, où mémoire historique, nature restaurée et tourisme durable se rencontrent. Ce projet illustre la capacité d’Israël à réparer des erreurs du passé et à transformer un site dégradé en un joyau écologique accessible à tous.







