Portrait d’Elior Shemesh, révélation de HaKokhav HaBa

À 25 ans, Elior Shemesh n’est pas seulement l’une des candidates marquantes de HaKokhav HaBa – l’émission qui désigne le représentant israélien à l’Eurovision. Elle incarne aussi un parcours intime, fait de passion, de transgression silencieuse et d’émancipation progressive.

Née à Ramat Gan et issue d’un environnement religieux, Elior raconte avoir découvert très tôt sa vocation. « Je chante depuis toujours. Il existe une vidéo de moi à deux ans avec un micro et un piano », confie-t-elle. Mais dans son cadre familial et communautaire, chanter en public n’allait pas de soi. Sa première scène, à l’âge de dix ans, a été rendue possible par un geste décisif de sa mère : l’emmener passer une audition, en cachette, au prix d’un affrontement avec les normes religieuses et l’opposition paternelle.

« Ma mère a vu mon talent et a pris un risque énorme. Elle est allée contre mon père, contre la religion et contre la communauté. Si elle m’avait arrêtée à ce moment-là, je ne serais probablement pas devenue chanteuse », explique Elior. Elle devient soliste du groupe d’enfants qu’elle intègre, et cette brèche ouverte ne se refermera plus.

Aujourd’hui mariée, Elior se décrit comme une artiste ancrée, à la fois sur scène et dans sa vie privée. « Mon mari est mon point d’ancrage. Sans lui, je serais un cerf-volant », dit-elle avec franchise. Cette stabilité lui permet d’assumer pleinement son identité plurielle : une chanteuse influencée par le jazz, Amy Winehouse, Whitney Houston ou Rosalía, mais aussi une femme attachée aux rituels traditionnels, qui cuisine chaque vendredi et prépare les hallot de Shabbat.

Son parcours n’a pas été exempt de moments difficiles. Elle se souvient notamment d’un concert où une partie du public a quitté la salle en pleine prestation. « J’ai décidé de continuer à chanter sans me laisser atteindre. Un artiste sûr de lui sait rester debout, même face aux huées », affirme-t-elle. Une leçon qu’elle relie directement à l’Eurovision, où la pression et le regard international peuvent être implacables.

Dans HaKokhav HaBa, Elior dit avoir appris à ne plus se laisser submerger par l’angoisse : « Dès que je commence à chanter, tout devient bon. J’entre dans un autre monde. » Les critiques des juges, notamment celles d’Asaf Amdursky, l’ont poussée à s’ouvrir davantage et à affiner son interprétation.

Lorsqu’on l’interroge sur l’Eurovision, elle ne cache pas son ambition. Elle s’imagine sur une grande scène, avec élégance et assurance, sans nécessairement miser sur une chorégraphie massive. « Je pense apporter quelque chose de différent. Je suis israélienne, mais avec un parfum international. Je peux créer un lien musical avec les autres pays. » Son titre favori de l’histoire du concours reste d’ailleurs Diva de Dana International, symbole d’audace et de rupture des codes.

De l’enfant qui chantait en secret à la candidate déterminée à représenter Israël en Europe, Elior Shemesh trace un itinéraire où la voix devient acte de liberté — et peut-être, demain, étendard national.