Ce que nous mettons dans notre assiette ne se limite pas à nourrir le corps : cela influence aussi directement notre cerveau, notre humeur et notre équilibre émotionnel. Ce lien entre alimentation et santé mentale n’est plus une intuition vague ou une mode passagère, mais une réalité scientifique de plus en plus documentée. Ces dernières années, les chercheurs ont accumulé des preuves montrant que certains choix alimentaires peuvent soit soutenir le bien-être psychologique, soit au contraire favoriser l’anxiété, la dépression et une sensation générale de mal-être.

Le lien entre l’intestin et le cerveau, souvent appelé « axe intestin-cerveau », est aujourd’hui largement reconnu. De nombreuses personnes constatent que leurs émotions influencent leur digestion, mais l’inverse est tout aussi vrai. Comme l’explique Wolfgang Marx, vice-directeur du Food & Mood Centre à l’université Deakin en Australie et président de la Société internationale de psychiatrie nutritionnelle, les choix alimentaires jouent un rôle comparable à celui qu’ils ont dans les maladies cardiovasculaires ou le diabète. Autrement dit, ce qui se passe dans le cerveau dépend aussi, en partie, de ce qui se passe dans l’intestin.

Dans la pratique, la différence est frappante entre une alimentation fondée sur des légumes, des fruits, des légumineuses, du poisson et des céréales complètes, et un régime dominé par des produits industriels, des pâtisseries emballées et des boissons sucrées. Ce contraste ne se ressent pas seulement sur la balance, mais aussi sur l’énergie mentale, la stabilité de l’humeur et la capacité à gérer le stress quotidien.

Les aliments les plus problématiques sont ceux que les chercheurs classent comme « ultra-transformés ». Il s’agit de produits contenant de longues listes d’ingrédients, d’additifs, de sucres ajoutés, de graisses raffinées et de sel. On y retrouve notamment les céréales du petit-déjeuner très sucrées, les snacks salés, les biscuits industriels, les viennoiseries emballées, les charcuteries, les sauces prêtes à l’emploi et de nombreuses « plats préparés » destinés au micro-ondes. Selon une étude publiée en 2024 par Marx et ses collègues, une consommation élevée de ces aliments est associée de manière constante à un risque accru de dépression et d’anxiété, ainsi qu’à d’autres problèmes de santé métabolique.

Dans la vie quotidienne, cette exposition se traduit souvent par une routine alimentaire typique : un café accompagné d’une viennoiserie ou d’un produit sucré le matin, un sandwich industriel ou un plat surgelé à midi, puis des grignotages le soir devant un écran. Même certains produits présentés comme « énergétiques » ou « sains » se révèlent être, en réalité, des confiseries déguisées.

À l’inverse, les régimes alimentaires dits « traditionnels » semblent offrir une protection notable. Une analyse relayée par Harvard Health Publishing montre que le risque de dépression est inférieur de 25 % à 35 % chez les personnes suivant une alimentation de type méditerranéen ou japonais, par rapport à celles consommant un régime occidental classique. Ces modèles alimentaires reposent sur des aliments simples : poisson, légumes variés, fruits, légumineuses, céréales peu raffinées, huile d’olive, et quantités modérées de viande et de produits laitiers.

Un autre élément clé réside dans les aliments fermentés. Le yaourt nature, le kéfir, la choucroute, le kimchi, le miso ou le tempeh apportent des bactéries bénéfiques qui soutiennent la flore intestinale. Or, un microbiote équilibré est aujourd’hui considéré comme un facteur important du bon fonctionnement cérébral et de la régulation de l’humeur. À l’inverse, les produits ultra-raffinés, riches en sucre et en farine blanche, nourrissent surtout les déséquilibres métaboliques.

Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que l’alimentation est l’unique clé de la santé mentale. Les troubles psychologiques ont des causes multiples : génétiques, environnementales, sociales et émotionnelles. Toutefois, réduire la part des aliments ultra-transformés et privilégier une alimentation plus naturelle peut constituer un levier simple et accessible pour améliorer son bien-être général. Ces changements peuvent accompagner d’autres approches reconnues, comme le suivi psychologique ou les traitements médicaux, et renforcer leurs effets positifs.

En résumé, moins l’alimentation est industrielle, plus elle a de chances de soutenir un esprit stable et une humeur plus équilibrée. Faire évoluer progressivement ses habitudes alimentaires ne garantit pas le bonheur à lui seul, mais c’est un pas concret vers une meilleure santé mentale et une qualité de vie améliorée.