« Odeur d’urine partout » : en voyage à Bologne, une blogueuse a provoqué une onde de choc numérique en qualifiant la ville italienne de « plus dégoûtante d’Italie ». Son accusation, devenue virale, a franchi le million de vues et relancé un débat explosif sur l’état du centre historique de Bologna, à l’approche d’échéances municipales sensibles.
À l’origine de la polémique, une influenceuse polonaise connue sous le pseudonyme Karosolotravel, spécialisée dans les voyages en solo. Après un séjour en Émilie-Romagne, elle publie une vidéo sans détour : façades noircies, détritus au sol, mégots accumulés sous les arcades, et surtout, selon ses mots, « une odeur d’urine omniprésente ». Dans une séquence devenue virale, elle se couvre le nez avec un mouchoir et affirme avoir écourté son séjour d’une journée, préférant quitter la ville pour rejoindre Rimini.
La critique est brutale. « Les sites célèbres sont beaux uniquement en photo », déclare-t-elle. Elle affirme avoir ressenti un malaise persistant, évoquant une ville « sale et négligée ». Si son ton tranche avec la communication touristique habituelle, c’est précisément cette franchise qui a propulsé la vidéo dans les tendances. Reprises, détournées et commentées massivement, ses images ont ravivé un débat latent sur la dégradation urbaine dans certains quartiers du centre.
Bologne, surnommée « la savante » pour son université millénaire et « la grasse » pour son patrimoine gastronomique, jouit traditionnellement d’une réputation culturelle prestigieuse. Ses arcades classées, ses tours médiévales et son héritage culinaire attirent chaque année des millions de visiteurs. Pourtant, derrière la carte postale, certains habitants dénoncent depuis plusieurs années une détérioration progressive de l’espace public.
Les rues mentionnées par l’influenceuse – Strada Maggiore, Via Indipendenza – figurent parmi les artères les plus fréquentées. C’est précisément dans ces zones emblématiques que se concentrent les critiques : déchets non ramassés, squats temporaires sous les portiques, multiplication des commerces standardisés au détriment d’enseignes historiques. Pour de nombreux résidents, la vidéo n’a fait que rendre visible une réalité déjà connue.
Les réactions n’ont pas tardé. Sur les réseaux sociaux, des milliers de commentaires ont afflué, parfois outrés, parfois approbateurs. Plusieurs habitants ont reconnu l’existence de problèmes structurels : pression touristique, difficultés de gestion des flux, tensions sociales. D’autres ont dénoncé une exagération nuisible à l’image internationale de la ville.
Le débat a rapidement pris une dimension politique. Des candidats aux prochaines élections municipales ont saisi l’occasion pour pointer du doigt la gestion urbaine actuelle. Certains estiment que le centre historique est devenu une vitrine gastronomique standardisée, vidée progressivement de son identité locale. D’autres évoquent une combinaison de tourisme de masse, de sous-investissement municipal et de défis sociaux croissants.
Ce n’est pas la première fois que Bologne fait l’objet d’une critique internationale. En 2024, un article publié dans le The New York Times avait déjà évoqué la saturation touristique et les transformations du centre-ville. L’analyse avait suscité une réponse ferme du maire de l’époque, Matteo Lepore, qui défendait une stratégie de diversification touristique vers les Apennins afin de réduire la pression sur le cœur historique.
L’épisode actuel révèle surtout la puissance des réseaux sociaux dans la fabrication de l’agenda urbain. Une vidéo individuelle, tournée avec un smartphone, peut désormais redéfinir temporairement la perception internationale d’une ville. Le phénomène n’est pas isolé : Venise, Naples ou Barcelone ont elles aussi connu des vagues de critiques virales liées à la saleté ou au surtourisme.
Derrière l’émotion médiatique, plusieurs enjeux se dessinent. D’abord celui de l’équilibre entre attractivité internationale et qualité de vie locale. Ensuite celui de la gestion des espaces publics dans des centres historiques soumis à une fréquentation intense. Enfin, la question politique : comment transformer une polémique en opportunité de réforme ?
Certains acteurs culturels locaux appellent à dépasser la réaction défensive. Ils plaident pour un diagnostic lucide et des investissements ciblés : nettoyage renforcé, régulation des locations touristiques, revitalisation commerciale, renforcement de la présence municipale dans les zones sensibles. Selon eux, nier les critiques serait plus dangereux que les affronter.
La blogueuse, de son côté, n’a pas retiré sa vidéo. Elle affirme avoir simplement partagé son expérience personnelle. Son témoignage, qu’on le juge excessif ou révélateur, a mis en lumière une tension croissante entre image patrimoniale et réalité quotidienne.
Bologne reste une ville universitaire majeure, un centre gastronomique réputé et un carrefour culturel stratégique en Italie du Nord. Mais l’épisode souligne que la réputation d’une destination ne se joue plus uniquement dans les guides touristiques ou les campagnes institutionnelles. Elle se construit – et se déconstruit – en temps réel sur les plateformes numériques.
À l’approche des élections municipales de 2027, la controverse pourrait peser dans le débat local. Car au-delà de la viralité, c’est une interrogation profonde sur la gouvernance urbaine, la gestion des flux touristiques et la préservation de l’identité historique qui se dessine. Entre indignation, autocritique et instrumentalisation politique, la « tempête Bologne » révèle les fragilités contemporaines des villes européennes face à la pression médiatique globale.






