Il a commencé par tuer un plant de menthe au bout d’une semaine. Aujourd’hui, Harel Klina, 22 ans, ancien soldat vivant à Kiryat Gat, récolte plusieurs kilos de myrtilles par mois depuis la cour de son immeuble — qu’il a lui-même transformée, de ses mains, en un véritable petit jardin fruitier. Trente pots, plus de dix variétés de myrtilles, un système d’irrigation qu’il a installé seul : tout ce qu’il sait, il l’a appris des réseaux sociaux et par l’expérience.

« J’ai attrapé le virus de la culture des myrtilles en voyant des gens qui en cultivaient, et ça m’a donné envie d’essayer », raconte-t-il. « Depuis tout petit, j’aimais faire pousser des plantes. Au début je ne savais rien — un plant de menthe que j’avais mis en terre est mort au bout d’une semaine. Depuis, tout ce que je sais, je l’ai appris seul. »

Trois ans après ses premiers tâtonnements, la cour partagée de l’immeuble — qui n’était qu’une friche envahie de mauvaises herbes — abrite désormais plus de trente pots, avec au cœur de l’ensemble une parcelle de myrtilles qui produit à plein régime. « En quinze jours, j’ai cueilli plus de deux kilos. Et ce n’est pas fini : après chaque récolte de cinq cents grammes, il ne reste sur les plants que des myrtilles encore vertes — et quelques jours plus tard, il y a une nouvelle récolte. Le cycle donne facilement un kilo par passage. »

Dix variétés pour toutes les saisons

Ce qui impressionne dans la démarche de Harel, c’est la rigueur avec laquelle il a sélectionné ses variétés, choisies pour s’adapter au climat israélien et se succéder dans le temps. La variété Misty, par exemple, tolère bien la chaleur et donne un fruit sucré et de qualité. La Sunshine convient particulièrement à la culture en pot et produit sur une longue période. La Georgia Gem arrive tôt en saison — mai-juin. Le Titan, lui, est réputé pour sa robustesse et ses fruits particulièrement gros. D’autres variétés complètent l’ensemble : la Biloxi à la maturation précoce et au goût doux, la Legacy aux fruits larges et sucrés, ou encore la Tif Blue, connue pour ses rendements abondants.

Le secret de l’entretien en sol israélien ? Du soufre en granulés, ajouté tous les trois mois dans les pots. Les eaux israéliennes et le climat local tendent à faire monter le pH du substrat, ce qui fait jaunir et dépérir les myrtilles — réputées pour aimer une terre acide. L’apport régulier de soufre compense ce déséquilibre, stabilise l’acidité et garantit la santé des plants sur la durée.

Le goût qui n’existe pas en supermarché

Harel partage ses récoltes avec sa famille, ses voisins, ses amis. Quand les quantités sont importantes, il congèle — les myrtilles se conservent jusqu’à six mois au congélateur sans perdre leurs qualités nutritionnelles. Mais la vraie récompense reste la cueillette à même le plant : une myrtille cueillie à maturité complète atteint une concentration en sucres et en arômes impossible à reproduire dans les fruits commerciaux, récoltés avant maturité pour supporter le transport. La peau claque sous la dent, le jus explose en bouche — une expérience que les fruits du supermarché, sans exception, ne peuvent pas offrir.

Au-delà de la table, les myrtilles se prêtent à une grande variété de préparations : pâtisseries, smoothies, confitures maison, sauces réduites pour viandes. Leur résistance à la congélation en fait l’un des fruits les plus pratiques de la cuisine du quotidien.

Le guide du jardinier amateur

Le groupe Facebook « Le Jardin Maison » a compilé les conseils de Shimon Michaël, un passionné de la culture des myrtilles, en un guide accessible à tous. Les grands principes : cultiver dans des pots de 25 à 40 litres avec un substrat de pépinière (jamais de terre de jardin), assurer six à huit heures de soleil par jour, arroser quotidiennement au goutte-à-goutte jusqu’à ce que l’eau s’écoule par les trous de drainage, ajouter deux cuillères à soupe de soufre contenant au moins 70 % de soufre pur tous les trois mois, utiliser un engrais riche en azote et potassium, pauvre en phosphore. La taille se pratique après la fructification estivale, et il vaut mieux éviter de déplacer les pots lorsqu’il y a des fruits sur le plant ou lors des heures les plus chaudes de la journée.

La démonstration de Harel est claire : en Israël aussi, on peut cueillir des myrtilles directement du plant, avec une saveur que le commerce ne proposera jamais.


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