L’Autorité de l’électricité a ordonné à Noga, la société qui gère le système électrique national, de suspendre pendant 140 jours le traitement des nouvelles demandes de raccordement de fermes de serveurs au réseau électrique, en raison d’un afflux exceptionnel de demandes déposées ces dernières semaines. Selon l’Autorité, les demandes de raccordement reçues à ce jour représentent un volume total d’environ 27 000 mégawatts, soit trois fois la consommation moyenne actuelle du pays — un volume que les capacités du système électrique ne permettent tout simplement pas d’absorber.

De ce fait, durant les six prochains mois, aucune nouvelle demande de raccordement au réseau ne sera traitée, à l’exception de celles déjà approuvées, et ce jusqu’à un réexamen complet du dossier. Le système électrique s’était jusqu’à présent engagé à fournir des raccordements pour un volume de 1 500 mégawatts destinés à ces fermes de serveurs, dont la consommation annuelle pourrait atteindre, d’ici le début de la prochaine décennie, jusqu’à 10 % de la consommation totale de l’économie. À titre de comparaison, la consommation d’électricité en Israël est aujourd’hui estimée, aux heures de pointe, à 17 500 mégawatts.

Une flambée soudaine liée à la course à l’intelligence artificielle

Cette mesure fait suite à un avertissement adressé ces dernières semaines par Noga, qui a alerté l’Autorité de l’électricité et le ministre de l’Énergie et des Infrastructures sur son incapacité à approuver de nouvelles demandes de raccordement sans mettre en péril la stabilité du système. En cause : une croissance sans précédent de la demande en électricité de la part d’installations informatiques à forte consommation énergétique. En l’espace d’à peine deux mois, des demandes d’information pour le raccordement de fermes de serveurs représentant environ 19 000 mégawatts sont venues s’ajouter à un stock déjà existant de 8 000 mégawatts, portant le total à ce chiffre de 27 000 mégawatts. Sans intervention, Noga aurait été contrainte de répondre par la négative à des demandes de raccordement représentant plus de 25 000 mégawatts.

Un phénomène similaire a déjà été observé ailleurs dans le monde : en Irlande, l’opérateur national du réseau EirGrid avait, dès 2021, gelé le raccordement de nouvelles fermes de serveurs dans la région de Dublin, après que celles-ci en étaient venues à consommer plus de 20 % de la consommation électrique nationale totale. Cette restriction n’a été levée qu’à la fin de 2025, avec le passage à une politique progressive imposant aux nouvelles installations une production électrique autonome partielle.

L’Autorité veut réexaminer les fondements du système

L’Autorité de l’électricité a précisé qu’elle comptait, durant cette période de gel, réexaminer en profondeur les hypothèses de base sur lesquelles reposent les demandes de raccordement, notamment leurs répercussions sur la fiabilité de l’approvisionnement électrique, la marge de réserve du système, la concurrence dans le secteur de l’électricité, l’effet de cette nouvelle demande sur les prix de l’électricité, ainsi que l’utilisation des réserves de gaz naturel du pays. Parallèlement, Noga continuera à traiter les engagements déjà pris et à évaluer la possibilité de les mettre en œuvre.

L’un des préalables essentiels pour répondre aux besoins électriques d’Israël reste la construction de nouvelles centrales électriques. Des décisions ont déjà été prises en ce sens, mais il est permis de douter qu’elles se concrétisent avant les prochaines élections.

Un développement de l’IA présenté comme un objectif stratégique national

L’Autorité de l’électricité a par ailleurs souligné que le développement des capacités d’intelligence artificielle et de calcul avancé constitue un objectif stratégique national pour l’État d’Israël, conformément aux décisions gouvernementales prises en la matière. Elle a toutefois précisé que ces derniers mois avaient vu se produire un changement de circonstances extrême et soudain dans le secteur électrique, rendu nécessaire la présente mesure conservatoire.

Un responsable de l’Autorité a déclaré à Maariv : « Il s’agit d’une mesure proportionnée, rendue nécessaire par les circonstances actuelles et par l’équilibre à trouver entre les besoins de l’industrie et l’obligation qui incombe à l’État de garantir l’approvisionnement en électricité pour l’ensemble des citoyens. »

Pour prolonger ce sujet, deux articles déjà publiés sur infos-israel.news reviennent sur les enjeux énergétiques d’Israël :

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