La Knesset a adopté en lecture finale une nouvelle loi historique instituant, pour la première fois dans le calendrier national israélien, une journée officielle dédiée à l’aliyah des Juifs du Maroc et à la mémoire de ceux qui ont péri en tentant de rejoindre Israël. À compter de cette année, le 23 tévet sera marqué chaque année comme la Journée de l’aliyah des Juifs du Maroc.
La date retenue n’est pas symbolique au hasard. Elle correspond au naufrage du bateau clandestin « Egoz » en 1961, tragédie qui a profondément marqué l’histoire de la communauté marocaine. Le navire, qui avait quitté secrètement les côtes du Maroc avec 44 Juifs à son bord, dont de nombreux enfants, faisait route vers Israël lorsqu’il a sombré en Méditerranée. Aucun passager n’a survécu. Cet événement est devenu l’un des symboles les plus poignants de la détermination et du sacrifice de la communauté marocaine pour accomplir le rêve de Sion.
La loi a été déposée par le député Yinon Azoulay, président de la faction Shas, et portée politiquement par le mouvement Shas. Elle prévoit une série d’initiatives institutionnelles et éducatives destinées à transmettre cet héritage aux générations futures.
Une reconnaissance officielle et éducative
Concrètement, la loi impose :
- une séance plénière spéciale de la Knesset consacrée chaque année à l’aliyah des Juifs du Maroc ;
- l’organisation d’un événement central officiel ou d’une cérémonie commémorative nationale ;
- l’intégration de programmes pédagogiques dans les écoles, afin de faire connaître aux élèves l’histoire de l’aliyah marocaine, ses défis, ses sacrifices et sa contribution majeure à la société israélienne.
L’objectif affiché est double : honorer la mémoire des victimes du parcours migratoire clandestin et mettre en lumière l’héritage culturel, spirituel et social exceptionnel de la communauté juive marocaine, l’une des plus anciennes et des plus influentes du monde juif.
« Une dette morale de l’État »
Le président du parti Shas, Aryeh Deri, s’est félicité de l’adoption de la loi :
« C’est une journée essentielle pour la communauté marocaine. Il était temps que l’État d’Israël rende hommage à nos parents et à nos grands-parents, qui ont risqué et parfois donné leur vie pour poursuivre ici la tradition de la maison paternelle. Cette loi est une dette morale envers ceux qui ont rêvé de Jérusalem sans avoir eu le mérite d’y parvenir. »
Pour de nombreux élus et responsables communautaires, cette reconnaissance tardive répare une injustice mémorielle et inscrit durablement l’histoire de l’aliyah marocaine au cœur du récit national israélien. Elle rappelle aussi que l’édification de l’État d’Israël s’est faite au prix de sacrifices immenses, souvent méconnus, consentis par des communautés entières animées par une foi inébranlable.






