La première classe aérienne est traditionnellement perçue comme le sommet absolu de l’expérience de vol. Elle incarne le luxe, le confort, l’exclusivité et un service censé justifier des billets dont le prix se chiffre souvent en milliers de dollars. Pourtant, un simple message publié sur le réseau social X a suffi à fissurer cette image soigneusement entretenue par les compagnies aériennes, et en particulier par United Airlines.
À l’origine de la polémique : Fayman Milenfar, scientifique senior travaillant chez Google, qui effectuait un vol de plus de cinq heures en première classe avec United Airlines. À l’issue du service du repas, il publie une photo de son plateau sur X, accompagnée d’un commentaire lapidaire et cinglant : « Hey United, c’est une blague ? ».
La photo montre une assiette minimaliste, posée sur un plateau en plastique : quelques feuilles de salade, de petits cubes de fromage, des graines de courge, quelques morceaux de viande et une tomate entière, non coupée. Une présentation qui tranche brutalement avec l’imaginaire gastronomique généralement associé à la première classe. Milenfar ne cache pas son sarcasme, qualifiant le plat de « bowl of sadness » – un « bol de tristesse ». Il va plus loin, comparant la viande à un produit « imprimé en 3D », la texture du fromage à celle d’un repas d’hôpital, et la tomate à un objet si dur qu’il aurait fallu, selon lui, « une scie électrique pour la couper ».
Très rapidement, la publication devient virale. Elle est vue des millions de fois, partagée, commentée et détournée. Mais au-delà de la moquerie, c’est un malaise plus profond qui s’exprime dans les réactions des internautes. Nombre d’entre eux estiment que les standards des classes premium ont nettement baissé, y compris sur des compagnies historiquement considérées comme haut de gamme.
Plusieurs commentaires soulignent l’écart entre le prix payé et la qualité perçue. Certains affirment avoir reçu de meilleurs repas en classe économique, d’autres expliquent que la première classe « n’est plus ce qu’elle était ». Un argument revient fréquemment : l’accessibilité accrue aux classes supérieures via les programmes de fidélité, les miles aériens et certaines cartes de crédit aurait contribué à banaliser un produit autrefois réservé à une élite très restreinte.
L’affaire dépasse rapidement le cas individuel de Milenfar pour devenir un symbole. De nombreux voyageurs partagent leurs propres expériences décevantes avec United Airlines : repas absents, portions jugées insuffisantes, qualité inégale et service perçu comme impersonnel. La tomate entière, non coupée, devient même un élément récurrent de moqueries, certains y voyant le signe d’un manque d’attention flagrant aux détails.
Face à l’ampleur de la controverse, United Airlines réagit publiquement. La compagnie présente ses excuses au passager et précise que le plat photographié ne figure pas au menu officiel de la première classe. Elle insiste sur le fait que cette assiette ne reflète pas l’expérience que l’entreprise souhaite offrir à ses clients premium. United invite Milenfar à la contacter en message privé afin d’examiner le dossier plus en détail, sans toutefois indiquer si un dédommagement financier est envisagé.
L’épisode entraîne également des comparaisons avec d’autres produits de la compagnie, notamment la classe affaires Polaris, présentée par United comme une expérience plus cohérente et plus qualitative, incluant des menus à plusieurs plats et des vins sélectionnés. Pour certains observateurs, ce contraste interne renforce encore le sentiment d’incohérence dans la promesse commerciale de la première classe.
United Airlines a par ailleurs annoncé que ses nouveaux avions Boeing 787, attendus à partir de 2026, proposeront des suites de luxe, un service de caviar et des repas plus élaborés. Mais pour de nombreux voyageurs, cette projection vers l’avenir ne suffit pas à effacer la déception actuelle. La photo publiée par Milenfar reste, pour beaucoup, une illustration brutale du décalage entre le marketing du luxe aérien et la réalité vécue à bord.
Au final, ce qui n’était au départ qu’un simple post sarcastique est devenu un révélateur d’une tendance plus large : la remise en question du luxe aérien traditionnel, même dans ses catégories les plus prestigieuses. Et pour United Airlines, comme pour ses concurrentes, l’épisode rappelle qu’à l’ère des réseaux sociaux, une assiette peut suffire à faire vaciller une image de marque mondiale.






