La société israélienne Solarom Holdings a annoncé mercredi avoir reçu une commande complémentaire d’environ 593 000 shekels de la part d’entités gouvernementales, destinée à poursuivre le développement d’un laser de type PCSEL QCL. L’information a fait l’objet d’une déclaration immédiate à l’Autorité israélienne des valeurs mobilières et à la Bourse de Tel-Aviv.
Cette commande s’ajoute à un dispositif de financement déjà engagé. En août puis en octobre 2025, l’entreprise avait annoncé l’approbation d’une subvention de l’Autorité de l’innovation d’environ 2,5 millions de shekels, représentant 55 % d’un budget total validé pouvant atteindre 4,5 millions, consacré à ce même développement. Le complément gouvernemental vient donc s’ajouter à une enveloppe déjà constituée. La livraison est attendue d’ici la fin du quatrième trimestre 2026, avec un paiement à trente jours fin de mois.
Jusqu’ici, rien qu’une brève de marché. L’intérêt commence quand on regarde ce qu’est cette technologie et à quoi elle sert déjà.
Un laser à cascade quantique — QCL, pour Quantum Cascade Laser — fonctionne selon un principe différent des lasers classiques et opère dans l’infrarouge moyen. Il offre une puissance élevée, une grande souplesse dans le choix des longueurs d’onde et une capacité à fonctionner dans des conditions environnementales difficiles. Ce que Solarom cherche à y ajouter, c’est un cristal photonique intégré directement dans le composant, qui apporte la qualité de faisceau et le contrôle directionnel dont le QCL seul manque. Autrement dit : combiner la puissance de l’un avec la précision de l’autre.
L’entreprise le dit sans détour dans son communiqué — un laser de ce type à haute puissance n’existe pas aujourd’hui. Si le développement aboutit, il permettrait de réduire nettement la taille, le poids et le coût des systèmes reposant sur cette technologie. C’est exactement le genre de gain qui fait passer un équipement du laboratoire au terrain.
Or Solarom n’en est plus au stade théorique. La technologie QCL est entrée dans son portefeuille en 2024, à la faveur d’une fusion avec la société 3DM, avant d’être adaptée aux usages militaires. En octobre 2025, l’entreprise annonçait la réussite d’un essai opérationnel mené avec les forces de sécurité israéliennes sur un système de désignation de cibles à longue distance — le premier produit complet fondé sur cette technologie à être testé en conditions réelles.
La suite a été rapide. En janvier 2026, Solarom a décroché ses premières commandes de Tsahal : un contrat-cadre d’environ 1,24 million de shekels portant sur deux produits — un désignateur de cibles longue portée et un marqueur laser d’auto-identification — assorti d’une commande ferme immédiate de quelque 76 000 shekels, déjà livrée. En mars, une commande supplémentaire d’environ 210 000 shekels est venue s’imputer sur ce même cadre.
Le second produit mérite qu’on s’y arrête, parce que sa fonction est moins évidente que la première. Le marqueur d’auto-identification sert à signaler ses propres forces afin d’éviter les tirs fratricides. Dans une guerre où les unités se déplacent en terrain bâti, de nuit, avec plusieurs formations opérant simultanément dans un même secteur, c’est une réponse directe à l’une des causes de pertes les plus douloureuses.
Ce dossier s’inscrit dans une dynamique plus large, et c’est là qu’il prend tout son sens pour le lecteur.
Israël a été, l’an dernier, le premier pays au monde à intercepter des cibles au combat au moyen de systèmes laser. La censure militaire a autorisé la publication de ce chiffre : entre trente et quarante drones abattus par laser pendant la guerre, pour l’essentiel des appareils du Hezbollah, au moyen d’un système développé par Rafael et mis en œuvre par un bataillon tactique de défense aérienne créé au commandement Nord. Le système n’était pas mûr au début des combats et a été corrigé en cours de route.
Et c’est précisément ce que le président d’Israel Aerospace Industries, Boaz Levy, expliquait cette semaine à propos de la menace des drones : la réponse ne peut pas reposer sur un seul dispositif. Il faut combiner les moyens cinétiques, la guerre électronique et le laser. Chacun de ces trois piliers suppose une chaîne de composants — et les composants optiques en font partie.
C’est ce qui donne à une commande de 593 000 shekels une portée disproportionnée par rapport à son montant. Elle ne finance pas une arme, elle finance une brique. Mais c’est de ce type de briques, développées par de petites sociétés que personne ne connaît, que dépend la capacité d’un pays à produire chez lui les systèmes dont il aura besoin — et à ne dépendre d’aucun fournisseur étranger ni d’aucun embargo.
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