Selon un reportage de Ynet, l’armée de l’air israélienne aurait récemment demandé aux soldats servant à la Kirya, au centre de Tel Aviv, de ne plus se faire livrer directement des repas via la plateforme Wolt à l’intérieur de la base.
Les militaires sont désormais invités à fixer un point de rendez-vous à l’extérieur du camp pour récupérer leurs commandes.
Une logique de contre-renseignement
La mesure peut sembler anodine — il ne s’agit « que » de livraisons de nourriture — mais elle s’inscrit dans une logique classique de sécurité opérationnelle (OPSEC).
La crainte évoquée est la suivante :
- Une augmentation inhabituelle des commandes de nuit pourrait indiquer une présence accrue de personnel.
- Cette activité pourrait signaler une préparation opérationnelle inhabituelle.
- Un acteur hostile observant ces signaux pourrait en déduire une probabilité plus élevée d’action militaire.
Dans un contexte de tensions avec l’Iran, même des données logistiques banales peuvent devenir des indicateurs stratégiques.
Le précédent du “Pizza Index” au Pentagone
Cette prudence rappelle le fameux “Pizza Index” associé au Pentagon.
Durant certaines crises internationales, des observateurs avaient noté une hausse spectaculaire des commandes de pizzas autour du Pentagone à Washington, interprétée comme un signe d’activité nocturne intense précédant des opérations militaires.
Si l’“indice pizza” relevait souvent de l’anecdote, il illustre une réalité : les signaux indirects peuvent trahir des préparatifs stratégiques.
L’ère des données ouvertes
Aujourd’hui, la collecte d’informations ne passe plus uniquement par les satellites ou les interceptions classiques.
Les acteurs étatiques et non étatiques peuvent exploiter :
- Les données de géolocalisation
- Les volumes de livraisons
- Les mouvements de véhicules
- Les tendances de consommation
Dans une économie numérique, chaque trace peut devenir un élément de renseignement.
Contexte régional tendu
Cette directive intervient alors que :
- Les tensions entre Washington et Téhéran sont élevées.
- Les déploiements militaires occidentaux au Moyen-Orient ont augmenté.
- Les discussions autour d’une possible frappe contre des cibles iraniennes circulent dans les milieux diplomatiques.
Dans un tel climat, réduire toute fuite d’indice indirect devient une priorité.
Une mesure préventive, pas un signal d’attaque imminente
Il convient toutefois de ne pas surinterpréter la décision. Restreindre les livraisons directes ne signifie pas qu’une opération est programmée, mais qu’un niveau de vigilance élevé est maintenu.
Les armées modernes intègrent désormais la dimension numérique et comportementale dans leurs protocoles de sécurité. La simple accumulation de données commerciales peut devenir exploitable.
Conclusion
L’“indice Wolt” illustre parfaitement la transformation de la guerre moderne : l’information ne circule plus seulement par les canaux militaires traditionnels, mais aussi par les plateformes civiles.
À l’heure où chaque donnée peut être analysée, la discrétion logistique devient un élément stratégique à part entière.







