La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver à Milan a été marquée par un incident très commenté : la délégation israélienne a été sifflée par une partie des tribunes lorsqu’elle a fait son entrée sur la pelouse du stade San Siro. L’épisode, largement relayé sur les réseaux sociaux et dans la presse internationale, illustre une nouvelle fois la tension politique qui s’invite dans les grandes manifestations sportives internationales.

Lorsque la petite délégation israélienne – composée de quatre athlètes, vêtus de manteaux bleus et de bonnets blancs – est apparue dans le stade mythique de Milan, un concert de sifflets s’est fait entendre depuis les gradins. Aucun incident physique n’a été signalé, mais le message était clair : une partie du public a choisi d’exprimer son hostilité de manière ostensible, transformant un moment censé célébrer l’universalité du sport en tribune politique.

Pour les observateurs, cette réaction n’avait rien de surprenant. L’Italie connaît depuis près de deux ans une forte agitation anti-israélienne, marquée par des manifestations, des grèves et même des actions de sabotage, notamment dans les ports. Le climat s’est également tendu dans le domaine sportif. En novembre 2025 déjà, un match de l’équipe de basket Maccabi à Bologne avait été accompagné de violents affrontements entre manifestants pro-palestiniens et forces de l’ordre. Dans ce contexte, beaucoup estimaient que la délégation israélienne serait confrontée à une atmosphère hostile lors de l’ouverture des Jeux.

Les sportifs israéliens, eux, se disaient préparés à ce type de réactions. Le skieur israélien Barnabas Szollos a résumé l’état d’esprit de l’équipe avec calme : « Je suis prêt. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Mon objectif est simplement de faire une bonne course et de donner le maximum ». Une déclaration qui souligne la volonté des athlètes de se concentrer sur la compétition, malgré la pression politique environnante.

La délégation israélienne n’a d’ailleurs pas été la seule cible de manifestations d’hostilité. Lors du passage de la délégation américaine, la retransmission télévisée a montré le vice-président des États-Unis J. D. Vance se levant pour applaudir ses compatriotes. Ce geste a lui aussi provoqué des réactions négatives et des sifflets dans certaines parties du stade, signe que le rejet ne se limitait pas à Israël, mais visait plus largement des symboles politiques associés à l’Occident.

Toutefois, l’attitude du public italien n’a pas fait l’unanimité dans le pays. Le média italien Il Politico a vivement critiqué les sifflets, qualifiant cette réaction de « réflexe pavlovien ». Selon le journal, le simple fait d’entendre le mot « Israël » ou de voir un représentant américain suffirait désormais à déclencher une hostilité automatique chez une partie du public, indépendamment du contexte ou des faits. Il Politico évoque un « climat culturel » dans lequel une frange de l’establishment progressiste occidental fonctionnerait par réactions mécaniques : indignation immédiate, moralisme sélectif et absence totale de profondeur analytique.

Le journal souligne également une asymétrie frappante dans ces réactions. Alors que la délégation israélienne a été sifflée et que les représentants américains ont été hués, d’autres pays n’ont suscité aucune hostilité comparable. La délégation iranienne, composée elle aussi de quatre athlètes – deux hommes et deux femmes – a défilé sans incident notable. Aucun sifflet, aucune protestation, malgré les informations largement diffusées sur la répression sanglante des manifestations en Iran, qui aurait fait des dizaines de milliers de victimes en quelques jours selon certaines sources.

La situation de la délégation russe a également attiré l’attention. Officiellement, la Russie ne participe pas aux Jeux sous son propre drapeau, en raison des sanctions imposées par le Comité international olympique. Pourtant, des drapeaux russes ont été aperçus dans les tribunes, sans provoquer de réactions négatives significatives, alors même que la symbolique russe est officiellement interdite.

Ces contrastes nourrissent un débat de fond sur la politisation du sport et sur la sélectivité des indignations. Pourquoi certaines délégations sont-elles systématiquement ciblées, tandis que d’autres échappent à toute critique publique, malgré des contextes politiques ou humanitaires graves ? Pour de nombreux commentateurs, l’épisode de San Siro illustre moins une opposition cohérente à des politiques étatiques qu’un climat émotionnel où certains pays servent de catalyseurs automatiques à la colère.

Quoi qu’il en soit, la délégation israélienne a poursuivi sa participation aux Jeux, déterminée à se concentrer sur la compétition. Mais l’image restera : celle d’une cérémonie d’ouverture où l’idéal olympique de neutralité et de fraternité a été, une fois de plus, rattrapé par les fractures politiques du monde contemporain.