Emma Minkyoung Ko, jeune Sud-Coréenne travaillant dans le marketing et la gestion d’influenceurs, n’imaginait pas qu’un simple voyage transformerait à ce point sa vision du monde — ni qu’il lui coûterait certaines amitiés. À travers une série de vidéos publiées pendant son séjour en Israël, elle a raconté son expérience personnelle, sincère et sans filtre, suscitant à la fois un vif intérêt et de violentes réactions. « On m’a écrit que je passais du temps avec des terroristes », confie-t-elle, encore marquée.
Avant même de mettre un pied en Israël, Emma reconnaît que sa perception des Israéliens était façonnée presque exclusivement par les réseaux sociaux et les récits médiatiques dominants. Dans son esprit, Israël existait surtout à travers le prisme du conflit israélo-palestinien. Cette vision a commencé à se fissurer loin du Moyen-Orient, lors d’un voyage au Cambodge. C’est là qu’elle a rencontré, presque par hasard, une jeune Israélienne. « En apprenant à la connaître, j’ai réalisé à quel point ma pensée était limitée. Les Israéliens n’étaient pour moi qu’un concept lié à un conflit, pas des personnes réelles avec des vies, des émotions et une complexité humaine. »
Quelques mois plus tard, alors qu’elle enseignait le yoga au Népal, cette remise en question s’est approfondie. Une nouvelle rencontre avec un groupe d’Israéliens venus assister à ses cours a d’abord provoqué chez elle un certain malaise. « J’ai compris que ce malaise venait de moi, de mes préjugés », explique-t-elle. Très vite, cette gêne a laissé place à une connexion humaine forte. Les participants revenaient chaque jour, partageaient leur passion pour le yoga et l’échange spirituel, et l’ont finalement invitée à partager un dîner de shabbat. « Nous avons partagé la nourriture, le silence, la gratitude. C’était une expérience profondément chaleureuse et marquante. »
Ces rencontres ont poussé Emma à remettre en cause l’enseignement académique qu’elle avait reçu, souvent centré sur des récits simplifiés et binaires. Elle a ressenti le besoin de réétudier l’histoire de la région et celle du peuple juif avec un regard plus nuancé, libéré des slogans et des raccourcis idéologiques.
Un autre moment décisif est survenu à Séoul, lorsqu’elle a fait la connaissance d’un voyageur israélien prénommé Ofek. Leur discussion, simple mais intense, a fait naître chez elle une conviction intérieure. « J’ai ressenti une voix calme en moi qui me disait : je dois aller en Israël et voir la vie là-bas de mes propres yeux. » Deux mois plus tard, elle réservait son billet.
Lors de son premier séjour en Israël, Emma a retrouvé les amis rencontrés au Népal et découvert plusieurs facettes du pays. Jérusalem l’a profondément marquée. « J’avais l’impression de voyager dans le temps. J’y ai ressenti l’énergie sacrée des trois religions. » Tel-Aviv, à l’inverse, lui est apparue comme une ville jeune, libre et vibrante, mêlant une atmosphère européenne à une touche moyen-orientale. Elle évoque également la chaleur humaine ressentie dans les foyers israéliens, l’accueil des familles, les repas partagés, et cette façon très directe d’exprimer l’affection. « À travers eux, j’ai appris ce que signifie l’amour authentique. »
Mais cette expérience positive a eu un coût. Les vidéos et photos publiées sur ses réseaux sociaux ont provoqué une rupture brutale avec une partie de son entourage. « J’ai perdu beaucoup d’amis après ce voyage. Certains ont simplement cessé de me parler, sans chercher à comprendre. Un de mes amis les plus proches m’a dit que je fréquentais des terroristes. » Une accusation qui l’a profondément blessée, d’autant plus qu’elle visait des personnes qu’elle décrit comme généreuses, bienveillantes et profondément humaines.
Avec le temps, Emma dit avoir accepté cette perte. « S’ils avaient vraiment compris mes valeurs, ils ne m’auraient pas abandonnée aussi facilement. » Elle souligne toutefois que, parallèlement, de nombreux inconnus l’ont contactée pour lui dire que ses vidéos avaient changé leur regard sur Israël et leur donnaient envie de visiter le pays à leur tour.
Loin de regretter son choix, Emma envisage déjà la suite. Elle affirme que ce voyage ne sera pas le dernier et évoque même l’idée de vivre en Israël pendant un an, d’y travailler et de s’y intégrer davantage. « J’aimerais être un pont entre la culture israélienne et la culture coréenne », explique-t-elle. Pour elle, ce voyage dépasse largement le cadre du tourisme. « Ce n’était pas seulement un séjour agréable, mais un choix conscient : celui de privilégier des expériences humaines réelles plutôt que des perceptions héritées et rarement questionnées. »






