L’Union européenne a officiellement décidé de repousser une nouvelle fois la mise en œuvre du système ETIAS, le futur dispositif d’autorisation de voyage destiné aux ressortissants de pays exemptés de visa. Cette décision, confirmée par des sources européennes, offre un répit supplémentaire aux voyageurs, aux compagnies aériennes et aux professionnels du tourisme, tout en illustrant les difficultés techniques majeures rencontrées par Bruxelles dans la modernisation de ses contrôles aux frontières.

Concrètement, ETIAS ne deviendra pas obligatoire avant avril 2027 au plus tôt. Une phase de lancement progressif est désormais envisagée pour la fin de l’année 2026, sans caractère contraignant dans un premier temps. Cette annonce signifie que, tout au long de l’année 2026, les voyageurs en provenance de pays non soumis à visa, dont Israël, pourront continuer à entrer dans la majorité des pays européens sur simple présentation d’un passeport valide, dans le respect de la règle des 90 jours sur une période de 180 jours.

ETIAS, acronyme de European Travel Information and Authorisation System, est un système d’autorisation numérique inspiré de dispositifs déjà en place aux États-Unis avec l’ESTA ou au Royaume-Uni avec l’ETA. Son objectif est de renforcer la sécurité et le contrôle migratoire en effectuant des vérifications préalables avant même le départ des voyageurs vers l’Europe. À terme, toute personne souhaitant séjourner brièvement dans l’espace concerné pour le tourisme, les affaires ou le transit devra obtenir cette autorisation en ligne.

Le système s’appliquera à trente pays européens, incluant les vingt-sept États de l’espace Schengen, ainsi que la Bulgarie, la Roumanie et Chypre. Une fois en vigueur, ETIAS permettra des entrées multiples et sera valable jusqu’à trois ans, ou jusqu’à l’expiration du passeport utilisé lors de la demande.

La raison principale de ce nouveau report réside dans les retards persistants de la mise en place du système EES, le Entry/Exit System. Cette plateforme informatique de grande ampleur est conçue pour enregistrer les données biométriques des voyageurs non européens, notamment les empreintes digitales et la photographie faciale, ainsi que les dates d’entrée et de sortie du territoire. Selon la réglementation européenne, EES doit fonctionner pleinement pendant au moins six mois avant qu’ETIAS puisse être rendu obligatoire.

Or, de nombreux États membres rencontrent encore d’importantes difficultés techniques et logistiques. L’installation des équipements biométriques dans les grands aéroports, aux postes frontières terrestres et dans les ports s’avère plus complexe que prévu. Des pays comme la France, l’Allemagne et l’Espagne ont signalé un manque de personnel, des problèmes d’intégration des systèmes informatiques existants et des temps de traitement trop longs lors des phases de test.

Dans des hubs majeurs tels que l’aéroport Charles-de-Gaulle à Paris, Francfort ou Munich, les autorités frontalières ont exprimé leurs inquiétudes face au risque de files d’attente massives et de perturbations importantes en période de forte affluence. Une mise en œuvre simultanée d’EES et d’ETIAS aurait, selon elles, pu provoquer un chaos opérationnel difficilement maîtrisable.

Selon le calendrier actualisé communiqué par l’Union européenne, la fin de l’année 2026 marquerait le début d’une phase dite de « lancement souple ». Durant cette période transitoire, les voyageurs pourront entrer dans l’espace européen même s’ils n’ont pas encore obtenu d’ETIAS, à condition de remplir toutes les autres conditions d’entrée. Ce n’est qu’à partir d’avril 2027, au plus tôt, que l’autorisation deviendrait une condition obligatoire pour embarquer sur un vol à destination de l’Europe, avec une responsabilité directe des compagnies aériennes dans le contrôle de ce document.

Les autorités européennes envisagent également une période de tolérance spécifique pour les premiers voyageurs, afin d’éviter des refus d’embarquement massifs lors de la phase initiale. Cette approche vise à faciliter l’adaptation progressive du public à un système entièrement nouveau.

En ce qui concerne la procédure, la demande d’ETIAS se fera exclusivement en ligne via un portail officiel de l’Union européenne. Le coût envisagé est de vingt euros, sous réserve de validation finale. L’autorisation serait généralement délivrée en quelques minutes, bien que certains dossiers puissent nécessiter un examen approfondi. Des exemptions de frais sont prévues pour certaines catégories, notamment les enfants et les personnes âgées.

Les autorités mettent en garde contre la prolifération de sites non officiels prétendant offrir des services accélérés ou un accès anticipé à ETIAS. À ce stade, aucune demande n’est possible, et toute offre commerciale en ce sens relève de la fraude.

À terme, EES et ETIAS fonctionneront de manière complémentaire. Le premier assurera le suivi biométrique et la gestion des durées de séjour, tandis que le second effectuera des contrôles de sécurité préalables avant le départ. Les compagnies aériennes seront tenues de vérifier l’existence d’une autorisation valide dès l’enregistrement des passagers, sous peine de sanctions financières.

Pour les voyageurs, le message est clair : aucune démarche supplémentaire n’est requise pour des voyages en Europe en 2025 et en 2026. Les règles actuelles restent en vigueur, et l’entrée se fait avec un passeport valide. À plus long terme, il conviendra de se préparer à un changement structurel des conditions d’accès au territoire européen, mais sans urgence immédiate.

Ce nouveau report souligne les limites opérationnelles de projets technologiques à grande échelle et rappelle que la transformation des frontières européennes est un chantier complexe, aux implications pratiques considérables. L’Europe reste donc ouverte, pour l’instant, selon les règles actuelles, laissant aux voyageurs un peu plus de temps avant l’arrivée de cette réforme annoncée depuis plusieurs années.