Depuis le déclenchement de l’opération « Rugissement du Lion », des milliers d’Israéliens qui se trouvaient à l’étranger au moment des premières frappes ont cherché à rentrer chez eux. L’Autorité des aéroports annonce que plus de 60 % d’entre eux sont déjà de retour, grâce à l’opération de rapatriement « Ailes du Lion » — quelque 200 vols ont déjà atterri à Ben Gourion depuis le week-end dernier. Mais pour une partie des voyageurs encore coincés à Barcelone, ce chiffre ne signifie rien. Eux n’ont toujours pas de billet de retour confirmé, et leur frustration s’est transformée en colère publique contre El Al, la compagnie nationale israélienne.
Ruth Zaafrani est l’une d’eux. Coincée avec sa famille dans la capitale catalane depuis le 3 mars — soit plus d’une semaine au moment de son témoignage mercredi matin —, elle fait partie d’un groupe de voyageurs israéliens bloqués qui se sont fédérés en groupe de messagerie. Son récit est factuel et dévastateur : « Nous sommes partis en voyage en famille pour mon petit-fils, nous sommes cinq personnes, et nous devions rentrer le 3 mars. Depuis lors, nous recevons en permanence des messages d’El Al qui se répètent et se contredisent. » Elle pointe l’incohérence qui révolte les membres du groupe : pendant qu’El Al reporte leurs vols, d’autres compagnies aériennes — Arkia, Israir — font décoller leurs appareils normalement depuis l’aéroport barcelonais vers Israël. Certains passagers du groupe se sont rendus à l’aéroport avec leur confirmation de vol El Al pour la matinée, avant d’en repartir bredouilles sans aucune explication.
Le coût de cette situation est devenu insupportable. La famille Zaafrani a déjà déboursé plus de 15 000 shekels en location d’appartement depuis le 3 mars, sans compter 100 euros par jour en restauration. « L’argent est en train de s’épuiser », dit-elle. « On entend dans le groupe que Israir vole, qu’Arkia vole. On veut juste rentrer chez nous. J’ai trouvé un vol vendredi matin avec Arkia, je suis prête à le prendre et je veux qu’El Al me rembourse le billet original. » Elle ajoute qu’elle a elle-même trouvé un vol alternatif — ce qu’El Al aurait dû faire pour ses passagers depuis des jours.
La réponse d’El Al, transmise à Mako, est technique et laconique : la compagnie « opère en mode d’urgence, conformément aux restrictions de décollage et d’atterrissage imposées à Ben Gourion », ajoutant s’excuser « pour les désagréments causés » et précisant avoir déjà rapatrié environ 20 000 personnes depuis le début du conflit, tout en « poursuivant ses efforts pour ramener d’autres Israéliens 24 heures sur 24 ». Cette réponse, si elle explique la contrainte opérationnelle réelle — Ben Gourion fonctionne effectivement sous régime de restrictions aéronautiques depuis le début de la guerre —, ne répond pas à la question centrale soulevée par les passagers bloqués : pourquoi les concurrents d’El Al arrivent-ils à opérer depuis Barcelone alors qu’El Al ne le peut pas ?
La guerre remodèle toutes les industries, et El Al se retrouve dans la position inconfortable d’être à la fois un acteur économique en difficulté et un symbole national auquel les Israéliens s’attendent à pouvoir faire confiance dans les moments de crise. Cette double attente — survie commerciale et mission de service public — est la contradiction structurelle de la compagnie nationale. Elle n’a jamais été aussi visible qu’en ce moment, avec des familles bloquées dans des appartements de Barcelone, les valises bouclées depuis dix jours, en attente d’un message qui ne vient pas.
Source : Mako






