Un nouveau durcissement réglementaire majeur se profile dans le secteur de l’alimentation infantile en Europe, avec des répercussions attendues bien au-delà du continent. La European Food Safety Authority (EFSA) recommande de réduire de manière spectaculaire les seuils autorisés du toxique céréulide (Cereulide) dans les préparations pour nourrissons. Cette décision, motivée par une série de rappels mondiaux de laits infantiles – initiés notamment par Nestlé – marque un tournant dans la manière dont les autorités sanitaires appréhendent les risques, même potentiels, lorsqu’il s’agit de bébés.
Un toxique discret mais redouté
Le céréulide est une toxine produite par certaines souches de la bactérie Bacillus cereus, un micro-organisme très répandu dans l’environnement (sols, eau, matières premières agricoles). Particularité inquiétante : cette toxine est extrêmement résistante, ne disparaît ni à la chaleur ni lors des procédés industriels classiques, et peut donc se retrouver dans des produits finis parfaitement stériles du point de vue bactérien.
Dans le cas des formules infantiles, le danger ne vient pas de la bactérie vivante, mais de la présence résiduelle du toxique dans des ingrédients clés – notamment des acides gras – utilisés par de grands fabricants internationaux comme Danone ou Lactalis. Les symptômes associés, lorsqu’un seuil critique est dépassé, incluent vomissements, diarrhées, déshydratation et agitation chez les nourrissons.
Des rappels qui ont tout déclenché
L’alerte actuelle trouve son origine dans des rappels massifs de produits pour bébés survenus ces derniers mois dans des dizaines de pays, y compris en Israël. Les premiers lots concernés provenaient de chaînes d’approvisionnement liées à des sites de production en Europe, notamment en Irlande. Dans ce contexte, la société Nutricia, fabricant de Nutrilon, a lancé des tests élargis et volontaires sur ses produits.
Résultat : après un premier rappel ciblé, l’opération a été étendue à des formules spécifiques, dont celles destinées aux nourrissons souffrant de reflux. Les autorités ont insisté sur le fait qu’il s’agissait de mesures de précaution, aucun cas grave n’ayant été confirmé à ce stade.
Un nouveau seuil, beaucoup plus strict
À la demande de la Commission européenne, l’EFSA a publié une nouvelle valeur de référence toxicologique dite ARfD (Acute Reference Dose). Désormais, pour les nourrissons, le seuil recommandé est fixé à 0,014 microgramme par kilo de poids corporel, soit une baisse de plus de 50 % par rapport à la norme précédente. En pratique, cela signifie que des concentrations supérieures à 0,054 microgramme par litre dans les laits infantiles pourraient justifier un retrait du marché.
Pourquoi une telle sévérité ? Parce que, comme le souligne Nadav Davidovitch, spécialiste des politiques de santé publique, « un bébé n’est pas un adulte miniature ». Son métabolisme est immature, ses capacités de détoxification sont limitées, et une exposition même faible peut avoir des effets disproportionnés. « Quand il s’agit d’une population aussi vulnérable, il n’y a aucune place pour le compromis », insiste-t-il.
Des conséquences bien au-delà de l’Europe
La France a déjà annoncé l’adoption anticipée de ces recommandations, ouvrant la voie à de nouveaux rappels préventifs. D’autres pays européens devraient suivre rapidement. Cette dynamique aura inévitablement un impact mondial, tant les chaînes de production de la nutrition infantile sont globalisées.
En Israël, le ministère de la Santé a rappelé qu’aucun seuil réglementaire contraignant pour le céréulide n’existe encore formellement. Toutefois, les procédures de contrôle ont déjà été renforcées, avec une extension des programmes d’échantillonnage et d’analyse. L’adoption des nouveaux seuils européens est désormais sérieusement envisagée, ce qui pourrait conduire à des réévaluations et à des décisions similaires sur le marché local.
Une question de confiance
Au-delà des chiffres et des seuils, cette affaire touche un point extrêmement sensible : la confiance des parents. Les laits infantiles sont souvent l’unique source de nutrition de nourrissons pendant des mois. Chaque rappel, même préventif, génère angoisse et incertitude.
Pour les experts en santé publique, cette crise met en lumière la nécessité d’une transparence totale. Origine des matières premières, contrôles en amont, communication claire et rapide : dans un monde où une contamination à un point précis de la chaîne peut devenir un problème global en quelques semaines, la vigilance doit être constante.
Une nouvelle ère réglementaire
Il est essentiel de souligner que les mesures de l’EFSA restent, à ce stade, préventives. Elles ne signifient pas que les produits actuellement sur le marché sont dangereux, mais qu’une marge de sécurité accrue est jugée nécessaire à la lumière des connaissances scientifiques actuelles.
Pour les autorités comme pour les industriels, le message est clair : l’ère des seuils « acceptables par défaut » est révolue lorsqu’il s’agit de nutrition infantile. La protection maximale devient la norme, même au prix de rappels coûteux et de révisions profondes des chaînes d’approvisionnement.






